Socrote

Source : https://fr.pinterest.com/pin/424534702350796101/ – (Symboles : fleurs, issues de la terre, aliments, pour le corps).

 

Non, ne soyez pas choqués ! Vous me connaissez assez maintenant j’espère, pour ne pas croire que je vais me moquer du grand Socrate ! De toute façon, je n’en ai pas les moyens et je n’ai pas non plus envie de m’attaquer à qui que ce soit -ce n’est pas le genre de la maison-, ni à quoi que ce soit, et surtout pas à une institution comme le père de la philosophie ! D’ailleurs, le principal personnage de cet article est un parfait inconnu, comme vous allez le constater, et pourtant, je ne me moque pas de lui pour autant !

Non, vous allez voir que Socrote, qui n’a donc rien à voir avec son presque homonyme très célèbre, philosophe pourtant, mais comme il peut, sur un sujet qui à ma connaissance n’a jamais été abordé jusque-là. Il s’agit pour lui de discourir sur la prosaïque fin de parcours des aliments dans notre système digestif et d’en faire le parallèle avec ce qu’il considère comme la fin de parcours des idées dans notre système de communication ! « Des paroles et des étrons » auraient pu faire un titre très à propos donc -mais je n’ai pas osé !-. Sans explication, cela peut paraître surprenant comme comparaison, vous en conviendrez. Pourtant, l’analyse qu’en fait Socrote est loin d’être sans intérêt ! Et, malgré le fait qu’il soit obligé de s’expliquer au travers d’une quasi-querelle avec un de ses détracteurs, vous allez saisir l’ampleur de son message.

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Plantons le décor :

Socrote se promenait en ville et chemin faisant, un homme du nom de Verbenmélé l’invectiva bruyamment :

– Dis donc, Socrote, pour qui tu te prends. N’as-tu pas honte de proférer de telles ignominies ?

– Hé bien Verbenmélé, de quelles vilénies me tiens-tu donc pour responsable ?

– Oh, ne fais pas le surpris ! Je parle bien entendu du parallèle que tu te plais à faire, entre paroles et excréments ! C’est une véritable honte, indigne même d’un esprit aussi tourmenté que le tien ! Non, franchement Socrote, tu vas trop loin !

– Mais enfin ! Tu me parais bien constipé mon cher Verbenmélé ! Car, ne pas comprendre que ce que j’explique ainsi n’est qu’une image et sert forcément à celui ou celle qui la comprend et en prend note, est en soi de la pure rétention de bonne information pour l’esprit. Ce serait comme si la terre refusait de se nourrir comme elle le devrait, afin de remplir au mieux sa mission qui consiste à nourrir à son tour celui qui la cultive !

– Eh voilà, encore une fois ! À tes détracteurs, tu te plais à les souiller ! Comme si toi seul avais la bonne parole et étais en mesure de comprendre l’impact de ce qui germe dans tes pensées flatulentes ! Mais ne te méprends pas ! Je peux aussi bien que toi tenir des propos similaires. Et n’en doute pas ; ils seront aussi imagés que les tiens, pour défendre l’idée de la vacuité totale de tes assertions puantes !

– Mais Verbenmélé, tu portes donc bien ton nom ! Tu n’as pas l’air de supporter mes dires, alors même que tu essaies, et c’est tout à ton mérite, de te servir de mes arguments afin de tenter de contredire ma pensée ! Bel effort je dois dire ! Cependant, je tiens à calmer tes inquiétudes quant à l’état de mes idées : elles sont exemptes de ce que tu leur affliges. Elles sont au contraire, très bien entretenues. Grâce à une discipline sans faille, je fais chaque jour bénéficier à mon esprit, de lavements salutaires, nécessaires à garder une pensée aussi saine que possible et sans les météorismes dont tu penses qu’il souffre ! D’ailleurs, notre interaction actuelle va faire partie du nettoyage quotidien dont je m’astreins de bon cœur, puisqu’il est décidé et voulu par moi et moi seul.

– Et qui consiste en une bonne douche, je suppose, comme tout un chacun !

– Oui, une bonne douche mentale est aussi nécessaire qu’une douche physique ! Pour moi, c’est juste avant que le sommeil ne vienne faire son travail d’absorption ou de rejet de ce qui doit l’être. Je repense alors à tout ce que j’ai absorbé dans la journée, mon cerveau effectue le même travail que celui de l’estomac puis de l’intestin grêle. Alors, en amont, comme je le fais pour ma nourriture, je veille tout particulièrement à ne pas faire rentrer n’importe quelles informations, surtout pas celles périmées et rances, qui auraient comme fâcheuse tendance à putréfier et fermenter de trop dans mon crâne, avant de ressortir, forcément, un jour ou l’autre par ma bouche…

– Nous y voilà ! J’ai failli attendre ! Je trouve bizarre que tu aies tardé autant avant de parler franchement. Tes théories te font-elles rougir à l’heure où je dénonce leurs caractères offusquant ?

– Bien sûr que non ! Cependant, je ne voudrais pas passer à côté de quelques subtilités de langage, qui ne permettraient pas de bien me faire comprendre. Ce serait bien fâcheux, tu peux en convenir, si à la fin de mon exposé, tu ne sois toujours pas en mesure d’entendre que je ne dis rien d’autre que ce que donne à voir la nature.

– Alors là, je suis tout ouïe, toi qui connais si bien la nature que tu te targues d’en décoder les secrets !

– Rien n’est secret dans ce que je vais expliquer ! Au contraire, tout saute aux yeux pour qui veut le voir ainsi, tout est crié aux oreilles de ceux qui veulent entendre, tout arrive aux narines de certains qui pourtant, ne sont pas spécialement sensibles aux odeurs ! C’est là, devant nous, mais nous sommes trop policés pour en faire le constat.

– Aurais-tu vraiment besoin d’autant de précautions pour redire ce que tu clames partout ailleurs, ou aurais-tu peur que je puisse contredire ton exposé et ainsi te mener dans un endroit où l’on s’occuperait bien de toi ?

- Ne va pas si vite en besogne l’ami ! Tu n’as point besoin d’user de menaces avec moi pour que je m’explique ! Écoute bien donc, car je vais t’exposer le fond de ma pensée comme j’ai l’habitude de le faire. Es-tu seulement prêt à l’entendre ?

– Vas-y maintenant, je n’en peux plus !

– Bien, alors prends conscience de ce que je vais te dire. Pour moi, les informations extérieures sont comparables à ce que l’on mange. Les paroles des uns contiennent des informations pour l’esprit des autres, de la même façon que les aliments contiennent des informations pour le corps. Peux-tu m’accorder cela mon cher Verbenmélé ?

– Oui !

–  Parfait. D’un côté, les informations contenues dans les aliments préalablement, mais souvent, et c’est là tout le malheur de la chose, choisies sans grande précaution, cheminent naturellement, de la bouche à l’estomac ainsi qu’à tous les organes permettant de digérer, intestins compris. Et justement, les intestins, dans leur partie la plus grêle, assurent leur noble fonction de tri, absorbant donc ce qui doit l’être, et laissant passer ce qui ne le doit pas, et ce, jusqu’à l’anus. Ce dernier est un organe important qui laisse aller les excréments, c’est-à-dire les déchets constitués de tout ce que le corps ne veut plus, et de tout ce dont le corps n’a plus besoin non plus.

– Oui, il semblerait que tu décrives, dans les grandes lignes, le cheminement des aliments.

– D’un autre côté donc, les informations, surtout médiatiques, contenues dans journaux, radios, télévisions et internet, préalablement, mais souvent, et c’est là tout le malheur de la chose, choisies sans grande précaution, cheminent pareillement : elles circulent des oreilles et/ou des yeux, au cerveau. Et justement, le cerveau assure sa noble fonction de tri, absorbant ou classant ce qui doit l’être, et ce, jusqu’à la bouche. Cette dernière est un organe important qui laisse aller les paroles, c’est-à-dire les déchets constitués de tout ce que le cerveau a jugé bon de laisser sortir, ainsi que et surtout, de tout ce dont il n’a plus besoin non plus…

– Je comprends l’idée, mais c’est là où je ne peux être d’accord. De par ma nature faite de mots, même si mon verbe se mêle quelquefois, je ne peux me considérer comme ne rejetant que le produit de ce qui ne me constitue plus ! Ce parallèle est aberrant, tu dois aussi en convenir !

– Pourtant, il en est ainsi ! Mais laisse-moi poursuivre, et tu verras qu’aucun jugement de valeur ne viendra entacher mes propos ! Car, ce n’est pas parce que les déchets ont hâtivement pris la connotation de détritus, qu’ils sont tous de mauvaises conditions. Vois un peu, certains peuvent servir d’engrais, éléments indispensables à la pousse de nouveaux plants. De plus, chacun peut à loisir recycler et réinventer, à partir de ce qui est jeté, des nouveautés qui sont parfois bien plus belles et plus utiles que celles dont elles sont issues ! Peux-tu en convenir avec moi ?

– Oui, ça, je le peux.

– De ce fait, ce n’est pas parce que les paroles ne sont que les « déchets » entre guillemets, de celui qui les prononce, qu’elles ne forment pas un enseignement de choix pour celui qui les reçoit !

– À la bonne heure ! Je n’avais effectivement pas entendu cet aspect dans ton discours ! Et je dois dire que celui-là me plaît bien ! Il réhabilite à sa juste place le Verbe créateur dont je suis le gardien !

– Je n’ai jamais cessé d’expliquer ainsi mon point de vue Verbenmélé. Je ne cherche pas la polémique, j’enfonce même quelques portes ouvertes !

– En effet oui !

– Pour finir avec l’idée cher ami, tu ne pourras pas dire le contraire de ce que je vais t’exposer maintenant : les excréments que nous rejetons sont logiquement ce dont nous n’avons plus besoin. Ils représentent alors le résultat d’un processus où l’essentiel pour le corps se passe dans l’invisible et le mystère de son monde intérieur. Les changements véritables sont tous internes et alors qu’ils s’élaborent dans le corps, ils ne peuvent se montrer encore.

– Je peux t’accorder ce point une nouvelle fois Socrote.

– Il en va de même pour notre crâne : les paroles que nous prononçons sont donc celles dont nous n’avons plus besoin. Elles se donnent à entendre et sont les résultats d’un processus où l’essentiel pour le cerveau se passe dans l’invisible et le mystère de son monde intérieur. Les changements véritables sont tous internes et alors qu’ils s’élaborent dans notre cerveau, ils ne peuvent se dire encore.

– Hum… Je me vois obligé, en quelque sorte, d’opiner à ce que tu avances là, sachant tout de même que ce qui tient ce dernier argumentaire est l’explication générée juste avant ! Cependant, comme j’ai déjà, et à plusieurs reprises, acquiescé à ces comparaisons, allant jusqu’à t’accorder qu’elles étaient judicieuses, je ne peux donc me dédire maintenant ! Je valide donc tes derniers propos.

– Verbenmélé ! Te voilà rempli de sagesse, et cela pourrait donner envie de te renommer, Verberectifié ! Tu souris ?! J’en suis fort aise, car je te le dis fort sérieusement, cette appellation pourrait t’aller comme un gant ! Mais, si tu le permets, revenons donc aux dires qui nous préoccupent en ce moment. Pour le corps, nous pouvons déclarer que lorsque les nouvelles informations issues des aliments seront intégrées jusque dans la plus petite des cellules, alors, nous nous révélerons être une autre personne. Dans le fond, notre nature même est ainsi faite, nous changeons sans cesse, nous intégrons, rejetons sans arrêt ce qui nous vient de l’extérieur et ses processus renouvelés chaque instant, nous font évoluer. Un mutant, voilà ce qu’est l’humain, et ce depuis toujours ! Et voilà ne l’en déplaise, ce qu’il ne cessera jamais d’être. Dès son incarnation, il produira des déchets qui chemineront inexorablement vers la sortie, faisant ainsi profiter de leurs substances nutritives, son environnement qui en a besoin.

– Encore une fois, je t’accorde la limpidité du raisonnement. Cependant, un bémol s’impose. Tu sembles dire maintenant que les déchets et les paroles ne sont que nourricières. Permets-moi cependant d’en douter. Certains déchets sont dangereux pour quiconque s’en approche et même pour notre terre qui est obligée de les accueillir en son sein, et certaines paroles sont délétères pour quiconque les entend et les fait siennes.

– Bien entendu Cher Verbenmélé, et si polémiques tu dois trouver dans ces explications, ce seraient celles qui consistent à demander à tout un chacun de bien faire attention à ce qui entre en lui, et du coup, à ce qui en sortira un jour ou l’autre. C’est de la responsabilité de tout individu de comprendre que ses déchets peuvent aussi bien nourrir que tuer.

– Finalement mon cher Socrote, ton point de vue m’enchante. Accorde-moi, je t’en conjure, encore quelque temps. Faisons ensemble quelques pas, je te prie, et surtout continuons à discourir ainsi sur cette analogie que j’ai jugée trop promptement improbable et mal venue !

– Je suis bien aise de t’entendre me demander une telle chose ! Rien ne me ferait plus plaisir que de partager quelques bons mots encore en ta compagnie ! Viens, faisons quelques pas puisque tel est ton désir.

Ainsi sur la même longueur d’onde, les deux amis maintenant continuèrent à disserter sur les conséquences visibles d’une information et d’une alimentation trop abondante et de piètre qualité.