Nous réussissons merveilleusement…à échouer !

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Source : flickr.com – Photo de robert Doisneau « Savignac aux échecs » « La réussite aux échecs » ou « La réussite ou l’échec » ? En tout cas, l’échec est un jeu… Face au jeu de la vie, est-on un pion ? L’ombre de nous-même ? Ou bien, un être humain accompli ? Laissons-nous le jeu nous mener ou menons-nous le jeu ?

 

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Un jour, un vieux professeur de philosophie rentre dans un amphithéâtre bondé et dit à son jeune auditoire :

– Voulez-vous savoir comment vous fonctionnez ?

Personne ne répondit, les élèves étant un peu surpris par la question.

– Alors, qui veut vraiment savoir comment il fonctionne ! Levez la main, je vous prie.

Petit à petit, tous les élèves levèrent la main.

– Ah, vous m’avez fait peur ! Je vois maintenant qu’il y a beaucoup de personnes qui ont de l’ambition ici finalement !

Cette petite réflexion fit sourire les jeunes. Heureux de cette accroche, le vieux professeur prit un feutre et écrivit en très gros sur le tableau blanc : pensée + émotion = résultat

Il se retourna vers les élèves et expliqua :

– Voilà comment nous fonctionnons tous. Une pensée couplée à une émotion est égale au résultat que nous obtenons. Pas besoin de savoir autre chose.

Cette affirmation interloqua les jeunes. Les yeux ronds et les demi-sourires que ceux-ci lui renvoyaient, lui donnèrent l’indication qu’il devait développer.

– Nous sommes tous jeunes dans la salle, à part mon apparence, cela ne fait pas très longtemps que nous sommes sur terre n’est-ce pas ?

Cette réflexion fit naître des rires, un lourd murmure et quelques éclats de voix, mais un silence attentionné revint très vite.

– Bon d’accord ! Vous êtes tous jeunes et malgré votre jeune âge, vous avez sans doute déjà ressenti le fait que parfois tout semble aller mal dans la vie. Tout va de travers et vous avez la sensation que rien ne pourra plus jamais bien se passer. Lorsque cela vous touche personnellement, vous pensez que vous ne pourrez pas redresser la barre et que tous les éléments sont contre vous… Parfois, vous pouvez aussi croire que vous êtes poursuivi par une sorte de malédiction qui vous entraîne vers l’enfer des conséquences de vos systématiques mauvaises décisions. Si en toute bonne foi, vous avez la sensation, dans un ou plusieurs domaines de vie, que vous n’obtenez pas les résultats que vous escomptez, ou que vous ne mériteriez de réussir plus fort que vous ne le faites, alors c’est que vous êtes dans un système parfait, une mécanique impeccable qui vous permet de réussir parfaitement… à ne pas y arriver !

Un autre murmure parcourut à nouveau la salle… Cette fois-ci, les jeunes semblaient s’adresser directement au professeur ou bien se parler à eux-mêmes. Ils étaient globalement très curieux d’entendre la suite. D’ailleurs, le professeur poursuivit très vite :

– Et cela peut aller encore plus loin… En effet, aussi bizarre que cela puisse paraître, ce mécanisme correspond à l’affirmation suivante : nous réussissons parfaitement à échouer !

– ???!!!…

– Si, si !!

– Mais Monsieur, comment est-ce possible ? demanda une jeune fille assise au premier rang. Personne n’a envie de ne pas réussir dans la vie !

– Vous avez raison, Mademoiselle ! Très pertinent en vérité. Et pour répondre à votre question, voici comment fonctionne le processus qui mène aux résultats que nous obtenons : pensées + émotions = résultat ! répéta encore une fois le professeur souriant, en se retournant vers le tableau.

Cependant, devant les mines de plus en plus sérieuses de ses élèves ainsi que celle de la jeune qui ne voyait pas en quoi le professeur avait répondu à sa question, ce dernier poursuivit :

– Vous comprenez que si vos pensées sont positives, elles seront couplées à des émotions plutôt positives et les résultats seront alors positifs, ce que vous allez considérer, selon vos propres critères comme une réussite. En revanche si vos pensées sont négatives, elles seront accompagnées par des émotions négatives, ce qui aura pour effets des réponses plutôt négatives, ce que vous allez considérer, toujours selon vos critères, comme un échec ! Dans tous les cas, vous aurez parfaitement réussi à atteindre les résultats escomptés…

La jeune femme fit une moue qui en disait long sur ce qu’elle pensait du point de vue du professeur. Cependant, sûr de lui, celui-ci continua :

– Justement, avant d’aller plus loin, laissez-moi vous préciser une notion essentielle. Lorsque sont évoqués le positif et le négatif, il ne faut pas les voir comme on les comprend habituellement. Ceci n’est pas une leçon de morale ! Positif et négatif sont ici pris dans un sens très subjectif.

Par exemple, un parfait psychopathe qui aura la pensée de tuer son prochain aura une émotion positive à anticiper cela et le résultat qu’il obtiendra, à savoir agresser une personne, sera pour lui, un résultat éminemment satisfaisant.

À l’inverse, mais de la même manière cependant, une personne qui veut réaliser une bonne action, entretiendra une pensée de bonté vis-à-vis de son prochain ce qui fera monter en elle une émotion positive. Les résultats de cet état sont en principe, très positifs pour la personne qui en est l’instigatrice et pour la personne qui en est la bénéficiaire.

Vous comprenez la logique ?

– Oui oui ! dit pourtant timidement la jeune, visiblement à court d’arguments.

Sans plus attendre, le professeur continua.

– En revanche, une pensée négative ressassée sans cesse appellera dans la plupart des cas, une émotion négative à son côté. La résultante de ce parfait duo sera des plus négatives pour la personne et parfois, mais pas nécessairement, pour son entourage.

Je l’ai déjà dit, mais remarquez quand même la parfaite mécanique !

– Mais Monsieur, relança une autre élève, parfois nous ne pensons à rien et il peut nous arriver quelque chose qui déclenche en nous une forte émotion… Par exemple, on pense que tout va bien avec son petit copain et tout à coup, il nous largue comme une vieille chaussette ! Évidemment, ça déclenche une émotion… je vous dis pas le tsunami même, qui entraîne des pensées que l’on n’aurait jamais envisagé de ressentir.

Je pense, moi que les émotions sont à l’origine des pensées et non l’inverse…

– Jeune Demoiselle, belle analyse ! Il y a effectivement un mouvement entre les pensées et les émotions, les unes n’allant pas sans les autres. Du moins, une pensée ne pourra jamais se concrétiser par un résultat concret si elle n’est pas accompagnée par une émotion, quelle qu’elle soit, puisque c’est l’émotion qui crée le mouvement et qui matérialise en quelque sorte la pensée abstraite. Mais ce dont vous parlez et que vous décrivez fort bien se trouve après l’égalité, là.

Le professeur montra à nouveau l’équation écrite plus tôt au tableau et posa la pointe de son style sur le mot « résultat ».

Il poursuivit :

– Dans votre exemple, c’est la rupture amoureuse, ici le résultat, qui est créateur d’une autre pensée sur le sujet, ou plus exactement qui vient renforcer encore la première pensée, que l’on pourrait nommer la pensée source, celle-là même qui a amené au résultat de la séparation… Il ne faut pas confondre entre la cause et les effets, même si, je le répète, les résultats viennent souvent conforter la cause, prouvant, de fait, que les pensées du départ sont bien à l’origine des résultats que nous obtenons. Nous sommes face à un cercle vertueux qui nous contente ou qui nous fait de la peine, mais nous sommes pris dans cette simple opération ô combien créatrice !

– Mais Monsieur, lorsque je me trompe, je vois bien que je ne suis pas la seule à l’interpréter comme négatif. Pour mes amis, c’est négatif, pour mes parents également… enfin, en général… dit la jeune les yeux au ciel, visiblement en proie à une réflexion intense.

Puis, le regard à nouveau redescendu sur le professeur, comme si son esprit avait réintégré son corps et qu’elle était entière, revenue dans l’amphithéâtre, elle ajouta :

– Alors tout le monde aurait les mêmes pensées que moi, les mêmes émotions et donc les mêmes résultats ?

– Oui, c’est ce qui se passe la plupart du temps et c’est ce qui nous fait affirmer, bien à tort, que la vérité existe ! En fait, nous sommes faits de croyances qui sont à l’origine de nos pensées. Nous avons des croyances qui viennent de nos ancêtres, d’autres de nos parents, d’autres de notre culture, de notre éducation, d’autres encore de l’époque dans laquelle nous évoluons… Et à l’intérieur de ça, nous avons des croyances que beaucoup de gens partagent -celles dont vous venez de faire allusion à l’instant- et des croyances originales, uniques. C’est cet ensemble qui finit par créer la réalité quotidienne de chacun d’entre nous. Mais cette réalité est propre à ce que nous en pensons au bout du compte, car les pensées sont directement issues de toutes ces croyances que nous avons en nous.

– Quelle est la différence entre la réussite et l’échec ? demanda un jeune homme à brûle-pourpoint, comme s’il venait de rentrer dans la salle.

– Votre ressenti, uniquement votre ressenti et rien d’autre de plus objectif que ça ! Notez le paradoxe d’ailleurs : la seule chose au monde qui vous permettrait de réussir, selon vos propres critères de réussites du moins, j’ai nommé votre matière grise, n’en a rien à faire de votre réussite ou de votre échec. Votre cerveau n’oeuvre que pour votre survie. C’est dire s’il considère comme futile la réussite à votre examen, la réussite de votre couple, la réussite de votre carrière… etc., choses que vous jugez primordiales à la réussite de votre existence. Le cerveau-ordinateur s’en contre-fiche de tout ce qui vous rend malheureux et même ce qui vous rend heureux d’ailleurs, à part que lorsque vous avez la sensation d’être en joie et en accord avec ce qui vous arrive, alors vous êtes plus enclin à optimiser vos chances de survie. C’est le seul et l’unique paramètre qu’il prend en compte lorsque vous réussissez.

L’échec apparent, même si vous le regrettez vraiment sincèrement, ne signe qu’une seule chose : en vous, « cela » ne veut pas réussir comme vous auriez pensé le faire et même si vous ne comprenez pas pourquoi, « cela » vous sauve la mise et parfois même la vie…

– Hein ? Comprend rien moi !! renchérit tout fort un jeune homme hirsute au fond de l’amphithéâtre, ce qui fit rire la plupart de ses camarades.

Le professeur sourit et dit en essayant d’être le plus clair possible :

– Eh bien, si je veux résumer tout ce qui vient d’être dit, ce serait avec cette phrase : l’échec tout comme la réussite sont issus de pensées et d’émotions qui aboutissent à un résultat. Il n’y a aucun bug lorsque nous échouons quelque chose, il y a juste une pensée inadéquate à ce qui nous paraît acceptable -via éducation, morale et autres prisons mentales- accompagnée et magnifiée par une émotion en adéquation avec la pensée. Ce processus aboutit à l’illusion de l’échec alors qu’en fait, c’est une pure merveille de réussite !

– Mais pourquoi voudrions nous échouer, c’est idiot ! dit un jeune qui semblait vraiment être en colère.

– Tout d’abord, je ne dis pas que nous voulons échouer ; ce processus est rarement conscient. Échouer consciemment pour échapper à ce que nous ne voulons pas faire par exemple, représente moins de cinq pour cent des cas… Comme dit plus haut, la gratification de la réussite fait partie de notre assurance survie en quelque sorte et sera toujours plus appréciée par notre centrale de commande qu’est notre cerveau que l’inverse qui signe une incapacité à subvenir à cette injonction primordiale de base…

– La survie vous voulez dire ? précisa le jeune.

– Oui, la survie ! acquiesça le professeur.

Puis, ce dernier continua le développement de sa pensée :

– Ceci dit, dans près de quatre-vingt-quinze pour cent des cas où nous échouons, nous « voulons » qu’il en soit ainsi, mais c’est inconscient ! Et pour savoir pourquoi, à ces moments-là, nous préférons l’échec à la réussite, il suffit de réfléchir le plus objectivement possible, au bénéfice caché, parfois petit, parfois énorme et évident, mais toujours essentiel à notre survie. Ce mécanisme s’appelle aussi, bénéfice secondaire et arrive à réunir à l’extérieur de nous, toutes les conditions pour ne pas obtenir ce que nous avons envisagé d’avoir. L’introspection est, à mon avis, la seule façon de démasquer ce processus en nous, de comprendre ce qui est bon pour nous ou pas, de nous délivrer de nos chaînes qui trop souvent nous entravent, de nous donner la possibilité de changer vraiment et d’aller de l’avant, là où toute notre intention et toute notre attention aussi pourraient nous emmener.

Il est important de comprendre que l’échec est la solution parfaite du cerveau pour ne plus lutter contre cela, mais au contraire, pour intégrer ce fait comme une donnée de plus à la réussite globale de la personne que nous sommes. Vu sous cet angle, l’échec n’est absolument pas une fatalité ni une prédestination sur laquelle nous n’avons aucune prise. Parce qu’effectivement, nous pouvons réagir, nous pouvons changer.

La cloche retentit, l’heure était déjà passée…

(Eh oui ! Déjà ! J’ai remarqué ça dans les séries américaines : le conférencier parle à peine cinq minutes et la sonnerie retentit ! C’est moderne comme concept, c’est pour cela que je l’ai adopté ici… En fait, c’est aussi et surtout pour ne pas vous assommer pour de bon !! )

Hum… Finissons donc,

Beaucoup de questions restaient en suspend… Le professeur rajouta avant que les jeunes partent tous pour prendre leur pause :

– S’il vous plaît Mesdemoiselles, Messieurs ! Pour demain, si vous souhaitez approfondir ce sujet, ou si vous voulez me donner vos impressions, ou même vos expériences personnelles, n’hésitez pas à les mettre par écrits. Je me ferais un plaisir d’éclaircir ce point de vue avec vous. Merci à toutes et à tous de votre attention.

Vous aussi peut-être, vous aurez des réflexions à faire sur le sujet.

Alors, n’hésitez pas à les écrire dans les commentaires. Je connais bien ce professeur. Je lui transmettrai vos interrogations, je suis sûre qu’il se fera un plaisir d’y répondre !

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NB : Ce que vous avez lus est une version revisitée d’un ancien article d’over-blog. Il datait de mes débuts de blogueuse. J’ai voulu vous le présenter sous une autre forme. Voici ce que cela donne. 
 

Merci !! :wink: