Mémoire propre

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Comme vous le savez sans doute, en ce moment même Lise, entre autres de toutes ses consultations, accompagne un jeune homme, je ne sais pas si vous vous souvenez de lui, c’est Frédéric Hanck. Ce personnage est… était un des nombreux amants de Sandra, la belle Sandra Niets partie décidément beaucoup trop tôt…

Donc Fred -c’est comme ça qu’il se fait appeler- ne se remet pas de la mort de Sandra… Son chagrin, dont il ne peut décemment parler à quiconque, est profond et sincère, et il commence à parler au travers de symptômes. Son corps transforme en lui ces messages non dits. En effet, non exprimés, les mots s’impriment et se changent en maux ! Arriver à traduire le langage du corps libère des douleurs ; les maux redeviennent des mots. Aider à cette conversion fait partie du talent de Lise. Accompagnatrice en Art De Vivre, elle a appris à démêler les nœuds émotionnels et, dans le cas de Frédéric, transgénérationnels aussi… (je le sais parce qu’elle m’en a brièvement parlé). D’autant plus que Lise a été, durant l’enquête sur la mort de Sandra Niets, l’experte qui a aidé la police à comprendre ce qui a bien pu se passer pour que cette jeune femme. Et elle est même allée plus loin, puisqu’elle a réussi à confondre l’assassin, par déduction et beaucoup de logique.

C’est d’ailleurs précisément pour cela que Frédéric a voulu la rencontrer une fois l’enquête clôturée. Il a ressenti besoin de rencontrer et de remercier les personnes qui ont enquêté, comme s’il s’agissait d’un pèlerinage. Il s’est d’abord rendu au commissariat puis chez Lise…  En attendant le procès, il est vrai que les journées lui paraissaient longues et ayant perdu un être cher, elles s’étiraient douloureusement.

De son côté, Lise propose d’accompagner les gens non pas dans leur chagrin, mais dans la recherche du sens de l’épreuve, l’explication profonde et personnelle, qui se cache, et qui est à l’origine du vécu. Comme elle a eu l’occasion de dire à Frédéric lors de ses premières rencontres, elle a tellement vu de gens seuls avec leur malheur parmi les proches et les moins proches des personnes victimes de graves préjudices, qu’elle s’est dit qu’elle pourrait faire quelque chose pour eux. Ces gens à qui personne ne propose de l’aide, ou qui ne désirent pas bénéficier d’une aide traditionnelle, peuvent maintenant rencontrer Lise.

Ce qu’elle propose exactement ? Je la laisse vous expliquer :

– C’est vrai que lorsque j’étais dans ce commissariat, j’ai laissé mes yeux et mes oreilles trainées de-ci de-là. Et ce que j’ai vu et entendu m’a ému. Toutes ces personnes, je veux parler en particulier de la famille plus ou moins éloignée ou des amis, perdus la plupart du temps face à l’événement qu’ils traversaient, obligés de répondre à des questions personnelles concernant leur rapport avec la victime, se retrouvaient bien souvent, dans un état émotionnel très désagréable ! On en serait à moins c’est sûr ! C’est très dur, surtout lorsque l’on n’a pas les codes, lorsque personne ne peut expliquer de façon satisfaisante la ou les raisons pour lesquelles un tel événement a pu être possible. J’ai souvent entendu ceux qui restent après l’agression ou le meurtre d’un proche se lamenter et dire : « Mais je ne comprends pas, pourquoi lui ? Il était tellement gentil ! », « Elle ne méritait pas ce qui lui est arrivé ! Alors que tout allait si bien en ce moment pour elle ! »  » De toute façon, il n’a jamais eu de chance ! » ou bien, « D’accord, il avait fait quelques bêtises, mais depuis, ce n’était plus le même ! », ou encore, « Elle avait payé ses dettes à la société alors pourquoi elle a été ainsi touchée par le sort ? » Et les wagons de : « Pourquoi ? » « Pourquoi lui, ou elle, pourquoi moi ? »  « Pourquoi dois-je vivre une chose pareille ? Pourquoi la vie m’envoie-t-elle ça maintenant justement, alors que tout va mal pour moi ?! » Vous voyez, ce genre d’interrogations et bien d’autres encore sur ce thème des pourquoi sans réponse, cela m’était très douloureux à entendre.

Alors, j’ai décidé de proposer mes services. Parce que contrairement à ce que l’on répond habituellement dans ces cas-là, du genre : « Oui, vous avez raison, il n’a pas eu de chance ! » « Je sais, pauvre de vous, le hasard s’en est mêlé, elle était là au mauvais moment au mauvais endroit ! » vous voyez ? Ce genre de réflexions que les professionnels assènent parce qu’ils n’ont pas, eux non plus, ne serait-ce qu’une ébauche d’explication ayant un minimum de sens pour les gens, ne sont pas pour moi des réponses satisfaisantes, surtout qu’elles ne sont qu’une vue de l’esprit. Or, il se trouve que j’ai une autre « vue de l’esprit » -dit-elle en mimant les guillemets avec ses mains- à proposer justement. Et pour moi, elle est bien plus aidante que la première, qui souvent laisse les gens exsangues et dépressifs. Il s’agit, bien entendu de partir avec les personnes qui le souhaitent, à la recherche de ce que la tragédie qu’ils vivent veut leur dire, de trouver des explications qui changent la perception de l’événement traumatisant. Mais attention, ce sont des explications intérieures, jamais extérieures. Il m’est d’avis que rejeter à l’extérieur de soi une quelconque responsabilité dans ce que nous avons à vivre est trop facile et finalement n’arrange rien. Si accuser les autres, les circonstances et l’environnement est une façon de calmer son angoisse à court terme, à long terme, cette stratégie est largement handicapante. Les gens peuvent ainsi traverser le reste de leur vie dans une espèce de peur et/ou de colère, en pensant qu’ils ne maîtrisent rien, qu’ils n’ont aucune prise face à ce qui peut arriver, qu’il faut avant tout qu’ils se protègent et se méfient de tout et de tous, bref, cela fait d’eux des gens malheureux à tous les coups.

– Si j’ai bien compris Lise, vous proposez un accompagnement qui part à la recherche de l’explication intérieure de ce que les proches des victimes vivent à l’extérieur -vous voyez, j’ai compris ce que vous avez expliqué la semaine dernière !-, mais concrètement, comment vous y prenez-vous ?

– D’abord, il me paraît indispensable d’expliquer le point de vue suivant : le hasard n’existe pas, tout est en nous, mais ce n’est en rien de la prédestination. Tout peut à tout moment être modifié à condition de partir à la recherche du sens de ce que la vie nous envoie. Ce n’est pas évident au début de comprendre que tout est inscrit en nous et pour nous dans notre cerveau-ordinateur ! J’explique donc les quatre programmations fondamentales, bases de la réflexion ladévine. Je dis souvent aux personnes que j’accompagne que si elles passent à côté du fonctionnement du cerveau versus ordinateur, elles passent à côté de leur essentiel et si elles veulent comprendre ce qui les meut vraiment dans la vie, alors il serait intéressant pour elles de saisir les subtilités de marche de cet organe fabuleux. Et pour leur faire effleurer à quel point cette compréhension est indispensable, j’explique que le cerveau-ordinateur est une machine hyper perfectionnée et comme tout modèle complexe, il est mieux, pour parvenir à la faire fonctionner correctement, d’en connaitre les rouages. Je donne alors l’exemple simple d’un super appareil électrique et/ou électronique tout neuf. Arrivé chez vous, vous savez à quoi il va vous servir, mais vous ne savez pas vraiment comment il fonctionne. Sans mode d’emploi, vous ne pouvez pas l’utiliser, ou bien vous allez l’utiliser à la moitié et même moins de ses capacités, ou pire, vous allez l’abîmer ! C’est pareil pour le cerveau-ordinateur !

– Comment ça ? Il y a un mode d’emploi du cerveau ordinateur ?

– Oui, bien sûr ! Et ne pas le connaitre entraine bien des désagréments, je vous assure ! Ne pas savoir que le cerveau est un organe qui est programmé, et que, de fait, il n’effectue que les programmes qui sont enregistrés et que ces programmes se mettent en marche uniquement lorsqu’il en est fait la demande est une erreur fondamentale ! De plus, ne pas savoir comment ces programmes ont été enregistrés est dommageable, car nous continuons, à notre insu, à en enregistrer, alors même qu’ils ne nous sont pas utiles ou pires, qui peuvent nous être nuisibles ! De même, ne pas savoir comment ces programmes se mettent en marche est tout aussi désolant ! Ceci constitue même la genèse de la sensation, que bon nombre d’entre nous ont, d’être soumis au pur hasard ! Encore une chose, ne pas nous rendre compte que le cerveau ordinateur nous fait agir et ainsi créer de toute pièce notre réalité, c’est se mettre à la disposition du « pas de chance », vision on ne peut plus hasardeuse, encore une fois, de la vie. Le cerveau ordinateur n’agit que sur nous et seulement sur nous, c’est vraiment une perte de temps et d’énergie de penser que les choses peuvent se faire sans que nous ayons une quelconque intention sur elles… Voilà en gros tout ce qui est expliqué durant les rencontres que je peux faire avec les gens ! J’explique tout ce qui est technique en quelque sorte, le concret du fonctionnement du cerveau machine. Puis, une fois que la personne a intégré tout cela, je me penche avec elle sur le côté spirituel de la situation, même si dans les faits, tout est interrelié.

– Hum… Je comprends Lise ! Cela doit être passionnant non ?

– Pour moi, il n’y a rien au-dessus de cela. Je vous assure que les gens qui rentrent dans ce système de pensée sont des gens qui globalement mènent leur vie où ils veulent la voir se diriger. Ils ne se laissent plus du tout mener par le bout du nez par leur cerveau-ordinateur, et ça, cela fait plaisir à voir. Plus nous serons nombreux à avoir connaissance de ce mécanisme, plus nous verrons les résultats agréables dans notre vie et dans notre environnement, en effet miroir !

– Oui, mais évidemment, ce n’est pas demain la veille ! Je ne vous apprends rien non ?

– Mon côté utopique me dit que nous pouvons changer, il y a des croyances à dépoussiérer c’est sûr, mais c’est possible. Ce qui est plus compliqué à obtenir, je pense, c’est la décision, propre à chacun, de s’engager à changer. Mon côté pragmatique lui me dit que tout est parfait en permanence. Si nous avons à vivre ce que nous vivons, c’est que nous devons passer par là pour accéder à une autre phase de notre évolution, même si certains craignent une involution… Dans tous les cas, tout est exactement comme cela doit être, même les gens qui luttent ont raison de le faire, puisqu’ils font avec la seule solution qu’ils connaissent et qui s’offrent à eux. Étant donné qu’ils survivent à ça, c’est qu’ils ont trouvé la solution gagnante pour eux !

– La lutte, ce n’est pas votre solution ? Pourtant parfois, il faut bien s’opposer non ?

– Pour ma part, si je dois lutter, c’est avec l’information qui m’est désagréable, jamais contre ! Ce faisant, je m’efforce d’intégrer la leçon contenue dans l’épreuve, elle est toujours porteuse de sens. Parfois, je ne comprends pas tout sur le moment, mais tant que je suis en vie, je pense que quelque part en moi, certaines données importantes ont été entendues. Il est très difficile de tout comprendre, de tout maîtriser en permanence. Il faut aussi savoir lâcher prise. Cependant, je ne fais aucune impasse lorsque les gens viennent me voir, j’explique tout ce qui monte à ma compréhension, c’est cela la force d’un regard extérieur qui connait le fonctionnement du cerveau-ordinateur, c’est cela la force de ladv et bien entendu, c’est cela que je fais aussi avec Frédéric Hanck.

Et, comme lors de la dernière entrevue, la sonnette retentit. Lise me sourit et dit :

– Ah ! Je vais devoir vous laisser dans quelques minutes. J’en profite pour vous dire que Monsieur Hanck veut rester discret. Il ne prendra pas le temps de venir répondre à vos questions donc. Il s’excuse, mais il ne le souhaite pas.

– Tant pis ! J’aurai aimé qu’il nous donne son point de vue sur le travail que vous faire avec lui…

– L’accompagnement que je fais avec lui !

– Oui, hum… l’accompagnement !!

– Écoutez, dit Lise en se levant et en venant vers moi, il peut changer d’avis, on ne sait jamais. Laissez-lui un peu plus de temps, il en a besoin, c’est vrai, pour comprendre les informations que la vie lui a envoyées et pour intégrer ladv qui pour lui est une toute nouvelle façon de penser. Il y met du sien, fait de son mieux, mais parfois, c’est encore un peu dur… Alors, peut-être que dans quelques semaines, il sera plus disposé que maintenant. Je vous tiendrai au courant.

J’étais debout moi aussi et tout en me parlant, Lise me raccompagnait jusqu’à la porte.

– Merci beaucoup encore une fois, Lise, de m’avoir permis de passer du temps en votre compagnie. À bientôt !

– Je vous en prie, ce fut un plaisir pour moi. Je vous souhaite une bonne fin de journée et à bientôt.