Logiques différentes

Source : photo issue du site http://www.pieuvre.ca, article : http://www.pieuvre.ca/2010/05/31/un-cerveau-artificiel-dans-dix-ans/

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Un jour, quelque part dans le cerveau, ça discute :

A – Hey les gars ! Ça chauffe là ! Il va forcément se passer un truc terrible, car la centrale de commande ne va pas supporter cette montée en température encore longtemps !

B – Oui, effectivement mon cher. Vous semblez avoir bien défini la situation ! Mais d’où vient donc cette pensée parasite qui fait surchauffer et met à mal notre bon cerveau-ordinateur ?

A – Mais des pensées de l’individu qui nous porte évidemment ! Dans son travail, le poste de son supérieur se libère et il est sûr que sa direction va lui proposer le job ! Mais d’un autre côté, il sait pertinemment qu’il n’a pas les connaissances nécessaires pour remplir correctement la tâche. Or, son égo ne veut pas le reconnaitre ! Autant vous dire que la charge émotionnelle est énorme !!

C – Et, les pensées passées et repassées en boucles couplées à de fortes émotions, cela donne le cerveau qui chauffe ! Attention zone rouge en vue !

B – Je vous suis entièrement dans votre analyse mes amis ; il est certain que la gestion des émotions n’est pas le fort de notre individu et ceci est bien regrettable d’ailleurs !

A – Oui ! Le gros souci c’est qu’il se laisse submerger assez facilement et le voici qui tourne en boucle sur la peur de perdre quelque chose qu’il estime mériter, mais pas tout à fait, du coup, il a peur d’être écarté du poste et que cela dévoile sa vraie place dans l’entreprise ! Autrement dit, il attend la mauvaise nouvelle qui « éventuellement va peut-être bientôt arriver » ou pas ! C’est ça qui le met dans tous ces états !

C – Bouuuh, il n’est pas simple lui !

A- Oui, et c’est comme ça depuis qu’il est né…

B – C’est exact ! Et le cerveau surchauffe régulièrement avec de telles pensées amplifiées par des émotions non gérées ! In fine, il n’est point étonnant que la température grimpe ainsi…

C – Oui, mais là, j’ai quand même l’impression que s’il ne se passe rien, la centrale de commande, enfin le cerveau quoi, va lâcher !

A – En tout cas, c’est ce qu’il est censé faire ! Imaginez un peu, au lieu de passer son temps et son énergie à faire survivre le corps entier, à surveiller tous les paramètres intérieurs et extérieurs -ce qui fait au bas mot, des milliards et des milliards de données à la seconde- il est en train de gérer une pensée qui le submerge, une pensée intense passée en boucle !

B – Cela doit être infernal mes chers amis ! Pauvre cerveau tout de même !

A – Oui, enfin, si cela continue comme ça, je connais son fonctionnement ; il ne va pas s’embarrasser davantage, il va déléguer cette énergie débordante dans le corps !

C – Ooooh ! Tu crois qu’il peut en arriver là !

A – Ben oui ! Si l’autre là, l’individu, n’arrive pas à calmer sa peur et à faire taire ses pensées, avant de disjoncter et d’entrainer le corps entier dans sa perte, le cerveau délègue le stress ! C’est bien connu quand même, ce n’est pas un scoop ce que je vous dis là ? Si ?

C – Non, non, on savait bien sûr ! Il l’a déjà fait à plusieurs reprises !

B – Oh oui, il le fait très souvent effectivement ! D’ailleurs, la dernière fois c’était… Roh ? Je ne vois pas maintenant ! C’est curieux, mes souvenirs me font défaut !

A – La dernière fois, eh bien, c’était il y a deux jours à peine, alors que l’individu pensait que son voisin lui avait manqué de respect, il ne pouvait pas le « digérer » ! Enfin, ce sont ses mots ! Le cerveau commençait à surchauffer avec les pensées de haines entretenues et présentent à l’esprit encore et encore. Alors, il a déplacé la charge émotionnelle via l’estomac ! Et là, eh bien, l’individu avait certes mal à l’estomac, mais il ne pensait plus du tout au manque de respect qu’il avait ressenti ! D’une pierre deux coups comme on dit : le cerveau ordinateur s’est déchargé de la pensée envahissante qui accaparait tout son espace psychique, l’empêchant de faire son job tranquillement, et en plus comme le cerveau est logique à sa façon, il a traité l’information telle qu’elle lui a été présentée…

B – C’est-à-dire ?

A – Eh bien, dans les pensées de l’individu, il y avait une image qui circulait, celle d’un « morceau symbolique » -le manque de respect- qui était énorme et qu’il n’arrivait pas à intégrer. Pour le cerveau qui ne peut agir que sur le corps de l’individu qui le porte… oui, enfin vous comprenez quand même que le cerveau ne peut pas sortir de la boîte crânienne pour aller demander des comptes au voisin ?!…

C – Et ben oui ! C’est évident !

B – Oui ! Comment ferait-il cet exploit je vous le demande !! heu heu…

A – Bon, eh bien, son action s’est concentrée sur l’individu lui-même et pas n’importe où encore !

C – Eh oui, comme il s’agissait de ne pas pouvoir « digérer l’affront », le cerveau a donc demandé aux cellules de l’estomac de sécréter beaucoup de suc gastrique !

A – Exact ! Pour pouvoir digérer ce « morceau » symbolisant le manque de respect ressenti !

B – Ooooh quelle merveille ! Mais c’est tout simplement parfait ça !

A – Eh oui ! Théoriquement, cela devait aussi faire réfléchir l’individu et le renseigner sur le fait que c’était lui et ses pensées très fortement chargées émotionnellement qui étaient à l’origine de tout ça. Il n’a plus qu’à changer sa façon de prendre les choses qui lui arrivent, pour ne plus jamais avoir mal à l’estomac comme il a eu !

C – Roh, oui, c’est vrai qu’il a sacrément dérouillé !

A – Oui et tu te souviens aussi ce qu’il a dit ?

C – Non !

A – Eh bien, il a claironné à qui voulait l’entendre qu’il avait sans doute mangé quelque chose qui n’était pas très frais ! Il était même à deux doigts d’accuser son voisin d’avoir essayé de l’empoisonner ! En tout cas, il s’est imaginé que ce dernier aurait été ravi de le voir si mal ! Évidemment, tout ça n’était que pure spéculation, issu de son imagination, car en fait, le voisin venait juste de s’expliquer et il était évident qu’il était hors de cause ! Non, c’est bien notre individu et sa façon de penser qui étaient à l’origine d’absolument tout ce qui lui est arrivé ce jour-là !

B – Oooh tout de même ! Quelle logique parfaitement illogique anime donc notre homme ?! Parfois, je me dis que nous avons vraiment de quoi nous inquiéter quant à notre continuation dans ce corps-ci !!

C – Oui, mais on papote, on papote, mais comment va la centrale de commande ?

A – Ah, eh bien attend, je vérifie ! Pfffff ! Eh bien toujours pareil, ça continue à chauffer sérieux ! Ah ! Attendez ! Il se passe quelque chose là !

C – Quoi ? Dis-nous !

A – Ça y est, le cerveau vient de déléguer le stress !

B – Ah ! Et quelle destination notre bon cerveau a-t-il choisie pour se délester de ce stress-ci je vous pris ?

A – Oh oh ! Ingénieux ! Vous n’allez pas le croire : il vient de le faire tomber !!!

B – Ah ?! C’est pour cela que nous sommes ballotés comme de vulgaires chiffons ?

A – Oui, maintenant, l’individu a mal à la tête, à la main et au genou, mais au moins, il ne pense plus !!

C – Eh bé, c’est radical cette fois ! ll va comprendre maintenant que l’on ne plaisante pas avec le cerveau-ordinateur et qu’il faut le laisser bosser comme il faut non ?

A – Hum… C’est pas sûr !

B – Plaît-il ? Le message est pourtant clair ! Je l’ai compris moi ! Notre individu était obnubilé par le poste de son supérieur, il y pensait sans cesse ! La centrale de commande ne pouvait pas lui dire que ses émotions gonflaient exagérément ses pensées, et encore moins, que l’intensité était telle que cela l’empêchait de gérer les données qui permettent au corps entier de survivre ! Alors, le cerveau, en faisant flancher les jambes jusqu’à la chute, a confronté notre individu à sa réalité : il n’est pas le mieux placé pour ce poste, ce n’est donc pas la peine qu’il se maintienne dans de tels états émotionnels !! Oh, cela a été très vite, mais le cerveau savait ce qu’il faisait ! Il avait même calculé, en seulement une fraction de seconde, le bénéfice d’une telle action, jusqu’aux endroits des égratignures !! À la tête pour lui montrer qu’il faut qu’il arrête de chercher des solutions uniquement intellectuelles, à la main pour lui signifier que son conflit parle aussi d’un savoir-faire, au genou, car son souci principal est sa confrontation permanente entre son « je » et le « nous » -en effet, notre individu a du mal à coopérer quand même, « nous », il ne connait pas trop, nous pouvons en témoigner tout de même !- Et enfin, les bleus sont tous à la droite de son corps, pour l’avertir que cela concerne bien son travail ! Eh oui, c’est tout simplement parfait, car tout a une signification bien précise !! Espérons juste que l’individu ouvre les yeux et sache interpréter tout ça ! En attendant, nous devons une fière chandelle à notre bien-aimé cerveau ! Encore une fois, il nous a tous sauvés !

C – Oui, s’il ne l’avait pas fait chuter, nous ne serions peut-être déjà plus là pour en parler !!

A – Oh là là, je ne voudrais pas jouer les rabat-joie, mais vu sa réaction, cette chute ne sera pas la dernière !

B – Qu’est-ce qui vous fait dire une chose pareille mon cher ?

A – Eh bien là, vous savez ce que l’individu est en train de dire ?

B – Non, mais ne nous faites pas languir davantage, je vous en prie !

A – Il dit :  « Oh, quelle sale journée ! Je n’ai décidément vraiment pas de chance moi ! J’ai trébuché sur ce bout de trottoir, c’est vraiment très dangereux d’ailleurs ! Puisque c’est comme ça, je vais me plaindre au service de la voirie ! C’est inadmissible, ils ne font pas leur travail ! D’ailleurs, si je suis tombé, alors d’autres peuvent tomber aussi ! Je vais porter plainte, voilà ce que je vais faire, pour le bien de tous, je vais porter plainte ! Et l’on m’écoutera, ça, je vous le promets !

B – Oooh ! Je suis consterné !!! Il laisse l’interprétation de cet événement complètement en dehors de lui ! Il n’a absolument rien compris…

C – Eh bé, on n’est pas sortie de l’auberge avec celui-là on dirait !!

A – Mouais ! Rendez-vous à la prochaine surchauffe, et il m’est d’avis qu’elle ne va tarder !

Pensez-vous que les choses peuvent se passer ainsi ?