L’effet miroir déformant et zoomant

Comme prévu la semaine dernière, je vous propose de retrouver Lise* dans un entretien que j’ai eu plaisir de retranscrire ici pour vous.

Après nous avoir éclairé sur deux aspects intéressants de sa pratique, -pour mémoire, un aspect expliquant le principe du « projet sens » (voir article : « Un pro-jet pour Lise » et un autre expliquant le phénomène de la mMS (voir article : « Pas longtemps, mais totalement schizophrène« )-,  j’ai demandé à Lise de nous parler de « l’effet miroir ». Il se trouve que je connaissais déjà ce concept, décrit notamment dans le film « The secret » qui explique ce qu’est la loi d’attraction. Selon ce point de vue, ce que nous voulons vraiment apparaît dans notre réalité… Donc logiquement, si l’on retourne la proposition, cela voudrait dire que ce qui apparaît dans notre réalité, est ce que nous voulons vraiment ! Et je rajoute juste, consciemment ou inconsciemment… J’avoue, je simplifie à l’extrême, mais il m’a été donné de constater que cette façon de voir est souvent présentée, avec des points de vue et des techniques différents, par notamment, la grande Annick De Souzennelle (dans ces interventions et dans ses livres), par l’excellent alchimiste Patrick Burensteinas, par le non moins intéressant Claude Sabbah, et même par le très connu Karl Gustave Jung, entre autres personnalités réfléchissants ou ayant réfléchis à notre fonctionnement. J’ai donc demandé à Lise, si elle connaissait ce phénomène et si elle avait eu l’occasion de l’expérimenter. Et là, elle m’a expliqué qu’elle l’utilisait tous les jours, aussi bien pour accompagner les personnes qui viennent dans son cabinet que pour elle-même ! « Ainsi, m’a-t-elle confié, cela me renseigne sur ce qui est encore caché dans mon cerveau-ordinateur et cela me permet, si ce que je vois à l’extérieur me dérange ou me chagrine, de savoir quel point je dois aborder afin de le faire évoluer et de le transformer à l’intérieur de moi. » Et elle a rajouté :

– Même si personnellement, comprendre ce mécanisme m’aide énormément pour aller de l’avant, je rencontre souvent des personnes qui n’acceptent pas cette façon de penser et ne comprennent pas ce que cela implique dans leur vie. Pour eux, l’effet miroir est un concept qui éventuellement pourrait expliquer quelques comportements qu’ils voient surtout chez les autres, mais ils ne se sentent en aucun cas concernés. Il est vrai que parfois, cela ne fait pas plaisir de voir son reflet chez les autres, spécialement si ceux-ci nous paraissent parfaitement détestables !

– Oui Lise, c’est vrai que cela n’est pas plaisant et surtout, il nous est difficile d’appréhender le rapport que nous pourrions avoir avec eux ! Par exemple, je me souviens qu’à mon premier poste, je devais travailler avec quelqu’un qui n’était vraiment pas sympathique ! Cette personne se fâchait souvent, mais c’est le fait qu’elle dise du mal des autres en permanence qui me fatiguait le plus ! Elle n’était jamais contente ! C’était pénible à la fin !! Et étant donné que j’étais dans le même bureau qu’elle, je n’avais pas vraiment le choix, je devais la supporter et je n’en pouvais plus ! Alors que moi, au contraire, je ne critique jamais personne !!

– Votre anecdote me fait penser à l’histoire d’une jeune maman qui venait me voir pour une prise de poids incontrôlée -ce qui la faisait se sentir terriblement mal dans sa peau-, et qui, au cours de la conversation, me raconta ce qui pour elle était anecdotique et devait me convaincre de sa valeur, mais qui était intéressant pour moi car cela la situait parfaitement dans sa forte dévalorisation ! Elle me raconta qu’elle ne supportait pas certaines autres mamans qu’elle rencontrait à l’école de ses enfants. En effet, ces femmes ne lui disaient jamais bonjour, ne répondaient jamais à ses salutations, et elle trouvait cela vraiment très malpoli ! Elle les jugeait très durement et considérait leurs comportements comme le comble de l’impolitesse et justement, elle ne supportait pas l’impolitesse !

– Oui, mais bon, il suffisait qu’elle ne leur adresse plus la parole, qu’elle les laisse à leur impolitesse et puis voilà tout !

– Bien entendu, cela aurait pu être simple ! Évidemment, pour quelqu’un d’autre, cela n’aurait posé aucun problème du tout. Mais pour cette jeune maman, cela lui prenait littéralement la tête ! Elle se demandait ce qu’elle avait bien pu faire pour que ces trois autres personnes ne veuillent pas lui dire bonjour, alors qu’elle se jugeait être une personne polie, aimable et avenante avec tout le monde !

– Et alors, comment avez-vous fait ?

– C’est simple. Je lui ai dit que ce qu’elle voyait chez les autres, c’est en elle et en elle seulement que cela existait. Ces trois autres personnes n’étaient là que pour lui révéler ce qu’elle avait au fond d’elle et qu’elle avait à changer.

– Je ne comprends pas Lise…

– Eh bien voilà. Comme vous l’avez très bien souligné tout à l’heure, la jeune femme pouvait ne pas tenir compte de ces trois personnes. Elle aurait très bien pu passer à côté d’elles et ne pas les saluer, ou bien continuer à les saluer sans rien attendre en retour, puisqu’elle savait qu’elle n’obtiendrait pas de réponse.

– Oui ! C’est logique, je pense que j’aurais fait comme ça moi !

– Oui, mais elle, elle ne pouvait pas ! Ce comportement là lui était intolérable, ce faisant, elle le faisait exister plus qu’il n’était raisonnable ! C’est comme si elle déformait ce qu’elle voyait et qu’elle zoomait sur ces attitudes qui lui déplaisaient au plus haut point. En elle, il y avait une raison ou un ensemble de raisons pour faire ce zoom !

– Vous avez trouvé ?

– Elle a fait le rapprochement en effet. Elle venait me voir pour une perte totale de confiance en elle, elle ne s’aimait pas, ne se reconnaissait aucun talent et aucun intérêt, il est fort à parier que si elle avait dû se croiser régulièrement, elle ne se serait sans doute pas dit bonjour non plus, tellement l’estime qu’elle avait d’elle-même était faible ! Les autres mamans ne faisaient que refléter ce qu’elle pensait d’elle dans le fond. Par leurs comportements, qui de son aveu, ne lui était pas adressés en propre puisque les trois femmes ne saluaient personne à l’école, elle se voyait faire, ou plus exactement, elle voyait une partie d’elle fonctionner vis-à-vis d’elle-même. Cela lui était insupportable et surtout, cela lui sautait aux yeux plus qu’à d’autres. Et cela va plus loin encore, car sous prétexte qu’elle, elle disait être très polie avec tout le monde, -ce qu’elle était bien sûr, mais parce qu’elle voulait être aimée, reconnue et appréciée-, elle se permettait de parler de ces trois mamans en termes peu élogieux ! D’aucuns diraient qu’elle était bien malpolie de parler ainsi des autres ! Mais une écoute attentive venait indiquer à qui sait entendre, ce qu’elle se reprochait exactement à elle-même ! En fait, en jugeant les autres, elle se jugeait elle-même !

– Alors c’est ça l’effet miroir ?

– Oui, c’est ça. En fait, tout existe à l’extérieur de nous, tout à chaque instant, mais nous décidons, ou plus exactement, il se décide en nous de faire exister uniquement ce qui parle à notre histoire, à nos convictions, bref, à nos croyances, qui en adv, ne sont que des programmes inscrits dans notre cerveau-ordinateur. C’est en ce sens que ce que nous voyons à l’extérieur de nous et surtout, ce qui nous fait réagir, ce sur quoi nous zoomons nous concerne en propre, n’a pas lieu d’être pour quelqu’un d’autre et ne le fera pas réagir de la même manière non plus.

– Lise, ceci n’est vrai que pour les petites réactions, mais ce n’est pas vrai pour tout ! Les guerres, les atrocités, les meurtres, les violences font réagir tout le monde non ?

– Hum, je ne dirais pas que cela fait réagir tout le monde, mais vous avez raison, une très grande majorité est très sensible à tout ça, c’est évident ! Mais cela ne démontre pas que c’est bien et juste de réagir aux atrocités, cela démontre uniquement que peu de gens ont fait un travail sur eux, un véritable nettoyage de toutes les mémoires d’atrocités justement, que l’humanité a subi et qui nous sont transmises via les mémoires (mémoires cellulaires et croyances familiales) de nos ancêtres, pas uniquement je vous l’accorde, mais en très grande partie surement ! Et je ne parle même pas de ce que certains appellent les « égrégores » qui sont des espèces de « nuages de mémoires » qui flotteraient et qui nous influenceraient fortement alors que nous pensons agir en toute liberté ! Vous comprenez aisément que tout ceci exerce une influence en nous, colore ce que nous voyons, jette des voiles sur certaines parties, déforme et zoome sur certaines autres. Ce qui fait que nous pensons avoir affaire à la réalité, alors que nous sommes juste face à notre réalité. C’est ainsi que nous pouvons émettre l’idée que l’assassin qui est en dehors de nous a l’aspect de l’assassin que nous portons en nous. Lorsque nous émettons un avis sur la dangerosité d’un tel individu, il ne sert à rien de se cacher derrière les lois des hommes ou la bonne morale -« ce n’est pas bien ce qu’il a fait, il doit payer pour ça et nous serons en sécurité ! »- jusqu’au prochain, parce que si l’on veut vraiment être en sécurité, c’est en nous qu’il faut aller s’occuper de cet assassin ! Nous devons trouver les moyens de le faire changer, sinon, il s’objectivera encore et encore à l’extérieur de nous !

– Mais comment cela est possible Lise !! Je ne comprends pas !

– Revenons à l’histoire de la jeune maman. C’est parce qu’elle se mésestimait terriblement qu’elle voyait chez les autres de la mésestime à son égard. La jeune femme voyait dans le comportement des trois autres mamans tout ce qui lui faisait peur, tout ce qui la choquait, tout ce qu’elle ne pouvait pas supporter, parce que le cerveau archaïque ne peut pas se résoudre à laisser la personne qui le porte, être sans importance, ce n’est pas possible ! Dans la jungle hostile, il est indispensable de rester en groupe, c’est ainsi que les premiers humains ont augmenté considérablement leurs chances de survie ! Et vous savez sans doute que le pire châtiment qui était réservé à un individu qui avait commis un très grave méfait dans les tribus primitives était le bannissement ! Seul, l’individu en question mourait très vite, soit attaqué et mangé, soit de solitude et d’isolement. Nous avons évolué bien sûr, mais dans notre cerveau-ordinateur, la même angoisse est inscrite. Pour la jeune femme dans mon cabinet, être en surpoids constituait déjà un danger de bannissement ; elle avait peur que son mari ne se détourne d’elle, et de façon tout à fait irrationnelle, elle avait aussi très peur que ses propres parents et ses enfants ne l’aiment plus à cause de ça ! Une histoire de maîtrise du corps était là dessous. Ce conflit faisait partie aussi de son histoire familiale… Je passe les détails parce que ce serait trop long à expliquer, mais il s’avère que tout cela venait verrouiller sa peur de n’être rien ni personne. Sa hantise était d’être abandonnée par les siens… Alors, quand dans son entourage, même éloigné, elle voyait quelqu’un pour qui elle était invisible, cela l’angoissait, il fallait qu’elle prenne encore et encore du poids pour qu’enfin, elle puisse être vue !

– Ah bon, cela agissait sur son poids aussi !!

– Je vous l’ai dit, j’ai fait ici un raccourci, d’autres mécanismes étaient en jeu bien sûr, mais bon, l’autoroute neuronale était ainsi tracée chez elle !

– D’accord pour elle, on voit bien que c’est une histoire très personnelle, mais qu’en est-il pour les tueurs que nous voyons tous et qui nous font peur !

– Eh bien, c’est pareil ! D’abord, il serait sain d’accepter que ce tueur, ce méchant absolu que nous voyons à l’extérieur de nous est avant tout en nous ! Si nous focalisons sur une personne dont les actes nous font horreur, c’est que cela nous concerne ! Dans le fond, soit nous en avons très peur parce que nous avons des mémoires de victimes. Ce faisant, nous nous intéressons au parcours de l’assassin, principalement pour trouver les moyens de nous sauver si cela devait nous arriver (tout cela est inconscient bien entendu, mais c’est rassurant pour notre cerveau-ordinateur, fasciné par ces histoires morbides du coup…), soit nous nous sentons capables de faire les choses horribles que le tueur a faites. Et cela se vérifie à chaque fois que nous avons envie de le tuer, de le voir souffrir, de le voir expier ses fautes ! Cela ne fait pas longtemps dans l’histoire de l’humanité que les assassins ne sont pas pendus publiquement. La vengeance dans les films notamment, mais pas uniquement, fait plaisir à voir en règle générale et nous trouvons juste que le héros arrive à éliminer, souvent dans un excès de violence extrême, le méchant qui s’en est pris à toute sa famille ! Cela ne gêne personne de constater que le gentil se transforme en machine à tuer !  Nous sommes presque ravis en tout cas, soulagés de le retrouver psychopathe à la place du psychopathe ! Finalement, tuer l’ennemi selon nos critères selon nos interprétations des choses ne nous dérange pas du tout ! Parce que lorsque l’on a réglé ses problèmes de cette façon, on a le sentiment d’être vengé et d’être enfin en paix !

– Mais nous ne sommes pas tous des vengeurs, souvent justement dans nos sociétés, il y a beaucoup de personnes qui ne peuvent pas passer à l’acte, et puis c’est interdit de se faire justice soi-même !

– Oui, mais cela n’empêche pas d’assouvir sa soif de vengeance autrement ! Par exemple, lorsque certains d’entre nous s’en prennent à leur conjoint ou à leurs enfants le soir au lieu de régler leurs différents avec celui ou celle dont ils se sont sentis agressés dans la journée, hé bien, ils se vengent. Ils ont trouvé le moyen de décharger leur surplus d’agressivité, qui est une énergie désagréable qu’ils ont emmagasinée, et après ils vont mieux, ils demandent même pardon !!  Et lorsque nous nous identifions complètement à un héros sanguinaire, qui tue à tour de bras pour assouvir sa vengeance qui nous a été présentée comme incontournable, alors nous nous vengeons par personnage interposé ! Ce n’est donc pas demain la veille que les cinéastes arrêteront de proposer des films violents ! Ils ont un véritable rôle de catharsis, ils sont indispensables à la grande majorité des gens qui ne veulent ou ne peuvent pas passer à l’acte, ceux-là mêmes qui ne savent pas qu’ils pourraient travailler sur eux pour transformer ces énergies/informations destructrices en énergies/informations constructrices, pour eux ! Les jeux vidéos offrent le même mécanisme que les films d’action. Ils sont salutaires pour tous ceux qui ne peuvent pas passer à l’action dans leur réalité. Encore une fois, il est évident qu’il vaudrait mieux intégrer les informations que l’adversité et/ou le méchant sont venus nous apporter plutôt que de les détruire purement et simplement, même par jeux interposés. Mais dans l’état actuel de la société, nous devrions tous remercier les jeux vidéos, les films d’actions et autres, d’absorber un nombre incalculable de petites et grandes vexations que les gens ressentent à longueur de journée…

– Bon, le méchant que l’on voit c’est nous, le gentil c’est nous aussi, on est combien là dedans ?

– Ouhhh ! Très nombreux évidemment ! Nous cohabitons avec de très nombreuses parties en nous, autant que nous avons de croyances ! Mais pour finir avec l’assassin, soyons attentifs la prochaine fois qu’une histoire de meurtre ou autre nous sera présentée, à ce qui nous fait réagir vraiment dans l’information. Est-ce la fréquence des méfaits, est-ce la technique employée, est-ce la nature du meurtre ? Ou bien encore, est-ce la tête du meurtrier, sa voix, son attitude ? Qu’est-ce qui nous fait réagir vraiment ? Voilà les questions essentielles, questions qui, si nous y répondons le plus sincèrement possible, indiquent quel genre « d’assassin » entre guillemets, nous sommes. Ce sont les déformations et zooms personnels que nous faisons qui indiquent ce que nous portons en nous. Ce mécanisme est très aidant, car sachant cela, nous pouvons alors trouver les moyens de transformer cette partie qui dans le fond, ne nous veut que du bien, en une partie qui constituera notre « nouveau nous-même » si je puis dire ! Il y aura un avant et un après cette compréhension et comme c’est souvent dit dans ladv, il est là notre job d’humain ! Dans ce travail sur soi, les références sont internes, ce sont les références les plus importantes pour l’individu, les plus adaptées à ce qu’il est et celles qui le changeront le plus efficacement, en l’améliorant le plus surement du monde. Vous comprenez l’intérêt de considérer l’effet miroir comme quelque chose d’important et de primordial dans la recherche de la personne merveilleuse, unique et géniale que sommes tous au fond de nous ?

– La personne merveilleuse, unique et géniale, je vous ai déjà entendu dire cela à plusieurs reprises, pourquoi ces trois adjectifs ?

– Hum, petite question, mais vaste réponse ! dit Lise dans un fou rire.

Et effectivement, ce fut une vaste réponse ! C’est pour cela que je me permets de vous la réserver pour l’article prochain, parce qu’en vérité, Lise a été généreuse en précisions sur ce sujet… Vous allez le constater par vous même !

À la semaine prochaine donc pour l’explication de ces trois adjectifs qui reviennent sans cesse dans ladv.

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*Pour mémoire : Lise Lossare est un personnage fictif, ne se référant à aucune personne connue ou bien si tel est le cas, c’est de façon tout à fait fortuite, suivant l’expression consacrée ! Elle est le personnage principal de « Incarcération cérébrale », elle tient également un rôle décisif dans « Enquête de sens ».