Le symbolisme peut être un jeu

 

C’est suite à un excellent article sur Saint Bertrand-de-Comminges (cliquez sur le lien pour en prendre connaissance), édité sur le bog de Claramicalement, que j’ai découvert cette étrange sculpture dont vous pouvez voir la représentation ci-contre.

Elle se trouve plus exactement dans la cathédrale Sainte-Mairie (XI-XIIième siècle) de Saint Bertrand-de-Comminges.

Je voudrais vous faire part ici d’une explication symbolique de la sculpture, et en profiter pour vous donner une méthode d’interprétation.

Cette méthode permet de faire vous-même des prises de conscience grâce aux symboles et ainsi de vous approprier leurs significations.

La connaissance, c’est bien, mais si nous ne la comprenons pas, elle ne sert à rien ! Et c’est dommage.

Vous allez voir que cette méthode désacralise le fait d’interpréter symboliquement les choses. C’est du symbolisme à la portée de tous !

Parce qu’en ADV, nous pensons qu’il vaut mieux  nous amuser avec ce que nous savons plutôt que de râler sur ce que nous ne savons pas !

Les puristes du symbolisme ne seraient pas d’accord avec cela. Je les comprends. J’adore le symbolisme et je pense que celui-ci a quelque chose de noble. Il enseigne à notre être. Il permet de voir la face cachée des choses et celles-ci prennent alors une autre dimension… Et nous aussi par la même occasion.

Je dis simplement que le symbolisme ne doit pas être réservé aux purs initiés, car de la même façon qu’il y a plusieurs façons de comprendre les textes sacrés (plus d’une centaine paraît-il), alors il y a plusieurs façons d’interpréter les signes. Pour moi, je pense qu’il y en a presque autant que d’humains sur terre…

Et qui peut dire qu’il a raison ?

 

Voici donc, comment s’y prendre pour interpréter une représentation comme ici, en retirant quelques enseignements symboliques.

Dans un premier temps, il faut réfléchir sur les faits. Décrire tout ce que à quoi l’objet de votre étude vous fait penser.

Dans cet exemple ce sera la sirène, l’homme et leurs postures.

Puis, une fois que vous avez la liste de tout cela, prenez du recul et rattachez toutes les caractéristiques concrètes que vous venez d’énumérer, à un aspect abstrait de la vie. Quelque chose qui pourrait nourrir vote âme, qui pourrait aiguiser votre curiosité. Bref, quelque chose qui pourrait donner une signification abstraite mais qui ait du sens.

Cela pourrait très bien faire l’objet d’un jeu à pratiquer en famille, vous ne trouvez pas ?

Donc, grâce à notre sirène qui semble se faire chevaucher ardemment par un monsieur, voici comment nous pouvons jouer à interpréter :

Tout d’abord, regardons chaque personnage :

La sirène a un corps de femme et une queue-de-poisson.

S’il y a beaucoup de fantasme autour de cette créature c’est sans doute parce qu’elle parle à l’inconscient et vous allez voir qu’effectivement, elle lui est intimement lié.

Symbolisme du poisson :

Ce n’est un scoop pour personne, le poisson vit dans l’eau.

Or, en tant qu’humain et dans notre état naturel, l’eau :

– nous est indispensable mais, nous ne pouvons pas y respirer et y vivre,

– nous ne voyons que ce qui se passe en surface, nous ne pouvons pas voir ce qui s’y passe à l’intérieur,

– nous pouvons nous y mouvoir, à condition de savoir nager,

Par contre, nous sommes capables :

– d’y voyager dessus grâce à des objets que nous avons inventés et fabriqués comme des bateaux par exemple,

– d’y plonger pour l’explorer, grâce à des équipements qui nous permettent de nous approvisionner en oxygène et qui protègent notre corps du froid,

– de plonger plus en profondeur et de découvrir un nouveau monde, grâce aux sous-marins ou de toutes autres machines extraordinaires.

Donc nous cherchons quelque chose, en nous, qui :

– nous est indispensables, mais dont nous ne connaissons pas ou peu de chose parce que son exploration est difficile,

– ce que nous pouvons voir de cette chose en nous est superficiel, dans l’état actuel de nos connaissances.

– cependant, grâce à des avancées technologiques et à des appareils inventés, nous avons de plus en plus les moyens de comprendre son fonctionnement,

– autre détail, nous ne pouvons pas y vivre en permanence.

Que pensez-vous de l’INCONSCIENT ?

Pour ma part, je pense que cela colle bien !

Dans notre état d’humain, les fonds sous-marins nous sont encore largement inconnus. Tout comme notre inconscient ; invisible et largement encore inconnu aussi.

Admettons donc que les fonds sous-marins en particulier, parlent de l’inconscient…

Or les poissons ne sont pas l’inconscient, mais ils le peuplent. Donc nous pouvons dire qu’ils sont les symboles de ce qui vit, de ce qui est présent dans l’inconscient.

Autre point : en langage des oiseaux, le mot « mer » est phonétiquement très proche du mot « mère ». Donc inconscient et mère sont intimement liées.

Comment ?

Une mère est, de façon naturelle, une femme qui a donné naissance, c’est-à-dire qui a fait passer un être vivant d’une forme d’inconscience (symbolisé par le liquide amniotique) à la réalité du monde extérieur. Elle est la condition à ce passage…

Pour la partie femme de la sirène, qui est représentée le plus souvent avec tous les attributs féminins visibles tels que la poitrine, la chevelure, les traits fins, voici ce que je vous propose :

Élargissons cet aspect femme au côté féminin que nous avons tous en nous, même les hommes les plus machos, ne leur en déplaisent !

Ce côté féminin en chacun de nous est l’aspect qui est le détenteur de tout ce qui est la douceur, la patience, l’intuition, la création et l’inconscient.

Donc pour résumer ce que la sirène symbolise :

- elle est comme un trait d’union entre l’inconscient (ce qui est présent dans l’eau et qui est représenté par sa queue-de-poisson) et le conscient, ce qui est visible pour les yeux (le haut du corps),

- c’est plutôt la représentation d’une femme, ce qui symbolise la mise au monde dans le sens d’accueil, de gestation et de passage d’un état à un autre,

- si fertilité il y a, c’est celle de l’inconscient dont il s’agit : en quelque sorte, l’inconscient a besoin de notre côté féminin pour sortir de l’eau, pour que nous puissions le voir. 

- elle nous fait comprendre qu’une partie de ce qui est présent dans l’inconscient est la partie féminine de notre être, que nous soyons homme ou femme.

Seulement il y a une condition à cela. Il faut impérativement que cette partie soit reine d’elle-même (si-rène).

Maintenant, voyons pour quelle raison, un homme aurait besoin de chevaucher une sirène, surtout de s’asseoir sur… sa partie liée à ce qui est présent dans l’inconscient. (…s’asseoir sur sa queue, je n’ai pas osé sur le coup, mais je ne résiste pas à partager avec vous ce passage poétique de très bon goût !).

Donc, le côté masculin en chacun de nous est plutôt accès sur l’action, la rigueur, la force, une certaine logique liée plus à la réalité tangible des choses, le conscient. Bref, des attributs dont certains sont traditionnellement plutôt masculins…

Si l’homme dans la sculpture chevauche et semble maintenir fermement la queue de la sirène, c’est à mon avis, le signe qu’à l’époque et pour la religion, ce que représente le côté masculin était privilégié.

Dans la genèse, l’interprétation traditionnelle des textes nous dit que l’homme a été créer à l’image de Dieu et que la femme a été faite à partir d’une côte de l’homme…

Alors qu’en fait, Annick de Souzennelle, spécialiste de l’interprétation des textes sacrés en général, écrivain d’inspiration jungienne, affirme qu’Ève est l’autre côté d’Adam, ce qui n’a rien à voir avec la côte !!

En fait, Adam et Ève seraient les symboles du côté masculin et féminin présent en chacun de nous…

Cependant et pour en revenir à la sculpture, le côté masculin a pris de dessus depuis très longtemps sur le côté féminin et nous avons encore du mal à sortir de la rationalisation à tout va de chaque chose.

Eckhart Tollé parle lui de l’Ego, un attribut plutôt masculin qui depuis des siècles,  lutte contre tout ce qui ressemble de près ou de loin à ce que la logique ne peut pas expliquer.

La seule logique, surtout du XI au XIIe siècle dans nos contrées, (pour mémoire la sainte Inquisition a été instituée en 1199 par le pape Innocent III) était de vénérer le dieu unique des chrétiens et leurs représentants sur terre, ainsi que de vivre selon les seuls usages de la religion catholique !

Donc, pour résumer, je vois dans cette représentation, la suprématie de notre côté masculin.

Mais bonne nouvelle ! 

Le côté féminin, même si son côté intuitif lié à l’inconscient est écrasé par le côté rationnel, a sa partie visible qui regarde dans la direction opposée à ce dernier.

Cela pourrait vouloir nous confirmer que le côté féminin ne doit pas vouloir regarder dans la même direction que le côté masculin. Ces deux-là sont complémentaires et non identiques !

Et donc, par extension, cela peut nous renseigner sur la place de la femme, au sein de la société : ne surtout pas essayer d’être et de faire ce que font les hommes, mais trouver le moyen de vivre pleinement notre côté féminin.

C’est ainsi que nous retrouverons la place qui est la nôtre et à laquelle nous nous sommes détourné il y a bien longtemps. Je suis sûre que c’est cela qui nous a valu, et nous vaut, les discriminations que certaines d’entre nous ont subi et subissent encore.

A nous tous, hommes et femmes, de retrouver les façons de laisser s’exprimer et vivre nos deux côtés, afin de ne plus être coupé en deux.

A nous tous d’accueillir les enseignements des sirènes…

Voilà, la leçon pratique que je vois dans cette représentation symbolique.

Et vous, si vous vous êtes amusé à faire ce petit exercice, qu’y avez-vous vu ?