Le petit doigt à fait…

Source : Flick.com – Kay Harpa – Recommandations.

 

Apparemment, le petit doigt ne fut pas totalement convaincu de faire partie d’un ensemble bien plus grand que lui, qui a besoin de lui et dont il dépend totalement en même temps ! Il n’y croyait pas et un jour de grande colère, le petit doigt commit l’irréparable.

Voici certaines réactions, quelques minutes seulement après l’acte fatal :

– Hey, tu sais pas la meilleure ? Le petit doigt du pied droit a blessé son voisin !

– Ah bon ! Et comment il a fait ?

– Un coup d’ongle rageur ! Il l’a blessé jusqu’au sang !! L’autre a failli y passer dit donc !

– Ah bon ! Et pourquoi il a fait ça ?

– Oh eh bien, parce qu’il paraît qu’il ne l’écoutait pas !

– Ah bon ! Et qu’est-ce qu’il lui disait ?

– Dis donc, tu pourrais varier les intros de tes questions toi !!  Un peu d’imagination mon vieux !!

– Hein ? Quoi ?

– Non, rien, laisses tomber !! Je disais que le quatrième ne l’écoutait plus, alors le cinquième s’est mis à le lacérer avec son ongle ! Une rage il paraît, c’était quelque chose !!

– Mais, pourquoi toute cette haine ?

– Eh bien, si j’ai bien compris, juste parce que le petit n’arrêtait pas de se plaindre et que son voisin le snobait. Il paraît aussi que le petit l’aurait averti à plusieurs reprises du fait qu’il trouvait que son attitude n’était pas très gentille avec lui ! Mais l’autre répondait à ses demandes par encore plus de silence et de moins en moins de considération.

– Ah bon….

– Aaaaah ! Tu m’énerves avec tes « Ah bon » Change de disque où je me barre !!

– Ah oui ? Et tu vas aller où je te prie ? demanda le majeur en regardant son voisin l’index de haut.

– Pfffff…. Tu ne peux pas me laisser rêver un peu non ?

– Bon, eh bien, je vais demander à l’annulaire de me renseigner sur la suite alors. Après tout, il est peut-être plus au courant que toi, puisque l’info vient du petit doigt non ?

– Oui, c’est le petit doigt qui m’a dit…

– Hum… tu l’as encore forcé à faire des contorsions pour éviter de nous parler toi non ?

– Bon ! Et même si c’est vrai, qu’est-ce que cela peut bien te faire à toi ? Puisque je te tiens au courant maintenant !!

– Mouais…. Pas très honnête n’empêche tout ça ! Tu vas finir par lui faire mal et alors…

– Et alors quoi ? Tu crois que tu vas avoir mal toi aussi ? Mais c’est n’importe quoi tout ça ! Je ne suis pas taré à ce point-là moi !!

– Bon, admettons ! Je voudrais, si cela sied à Môssieur, que Môssieur qui sait tout parce qu’il pique de façon peu élégante des informations aux autres, qu’il me transmette en entier lesdites informations, si ce n’est pas trop lui demander !

– Oùùù là ! On passe des « Ah bon » à de longues phrases recherchées ! Permettez Môssieur que je m’incline !

– Bon, je peux savoir la suite ou tu vas continuer sur ce ton toute la journée ?

– Ok, ok ! Mais c’est toi qui me cherches aussi…

-…

– Alors voilà, le petit doigt de pied a blessé son voisin parce que ce dernier lui faisait constamment remarquer qu’il n’avait aucune raison de se plaindre, qu’il devait ouvrir les yeux et voir à quel point il était privilégié, qu’il devait se rendre compte qu’il y avait plus malheureux que lui et qu’il ne pouvait pas continuellement rejeter la faute de ce qu’il ressentait sur les autres et sur son environnement !

– Ah bon ! C’est pour cela qu’il s’est fâché ?

– Oui « Ah bon » !

– Mais pourquoi ne lui a-t-on pas expliqué qu’il faisait partie du grand tout et que son bien-être était indispensable à l’ensemble ?

– Mais on lui a dit !  Cependant, rien à faire, il est persuadé que c’est le plus malheureux des parties de l’ensemble et que tout le monde s’en fiche. Et pire, il paraîtrait même qu’il dit qu’il est prêt à tout faire pour pourrir l’ensemble s’il existe !

– Non, c’est pas sérieux ! Des menaces ? Comme si un si petit truc pouvait remettre en cause le tout !

– Méfie-toi ! Parce que c’est ce qu’il a commencé à faire ! En blessant le quatrième, c’est à tout le corps qu’il fait du tort. Il porte atteinte à l’intégrité de l’ensemble.

– Mais c’est vrai ! T’as raison !

– Depuis quelques secondes là, les décideurs sont en réunion. Ils vont voir ce que l’on peut faire. Mais d’ores et déjà, nous devons aller soigner le quatrième. Les jambes amènent en ce moment même l’ensemble à l’endroit où les outils qui guérissent sont entreposés. Dans quelques instants nous allons tous être réquisitionnés pour y aller.

– Quoi juste à côté de l’autre dingue ?

– Ben oui ! On est là pour ça nous, tu te souviens de notre position quand même ! Il est question ici de notre devoir envers l’ensemble !

– Mais qu’est-ce que tu crois que l’on peut faire alors ? Répondre coups pour coups ?

– Chais pas comment exactement, mais il nous faut agir ! Ah ben tiens, voilà les outils de secours justement !

***

Instructions données aux doigts de la main par la bouche pour une intervention sur le terrain :

– Voilà, il nous faut intervenir en urgence pour panser les blessures. Ensuite, il faudra parler au petit doigt de pied devenu fou à priori. Et là, de deux choses l’une : soit il nous écoute, revient à la raison et nous laisse continuer à évoluer comme bon nous semble, soit il ne consent pas à rentrer dans le rang et là, c’est l’extermination. Nous allons devoir nous résoudre à nous séparer de lui !!

– Ohhhhhh,

– Mazette !!!

– Mais c’est horrible !

– Impensable !!

– Calmez-vous, calmez-vous !! Je comprends que vous ayez peur, mais nous avons un modèle et nous ne pouvons pas déroger à la règle. Les parties de nous qui ne rentrent pas dans le moule, on doit les extirper avant qu’elles ne fassent disparaître le grand tout !

– Hey, vous êtes sûr qu’il n’y a pas une autre solution ?

– Hein ? Qui a parlé ?

– Euh… C’est moi, le pouce de la main gauche !

– Ah, comme d’habitude ! D’ailleurs cela m’étonnait que tu n’aies pas encore sorti tes théories fumeuses toi ! Bon, nous n’avons pas beaucoup de temps, mais on peut prendre quelques secondes pour t’écouter. Alors, sois bref !

– Bien voilà ! Je me disais qu’en général, avancer deux solutions pour sortir d’une impasse paraît peu. Forcer une partie de nous à rentrer dans le rang, ou bien s’en débarrasser si elle n’y rentre pas, c’est très excessif je trouve et n’augure en rien des jours heureux. Si nous pouvions écouter attentivement le petit doigt, je suis sûr que nous pourrions trouver un terrain d’entente. Je suis sûr que nous pourrions intégrer ses revendications à ce que nous sommes et ainsi transcender son mal-être qui est aussi le nôtre. Je suis sûr qu’ainsi nous en sortirions tous grandis !

– Mais, il est fou celui-là…

– Impossible que je sois d’accord avec ce que dit l’autre dingue !!

– Et, puis, c’est plus facile à dire qu’à faire tient ! Intégrer, intégrer !! Et d’abord, comment on fait ?

– N’importe quoi cette idée ! De toute façon, c’est trop tard maintenant, avec tout ce qu’il a fait comme mal le petit doigt de pied ! On ne négociera pas avec ce traître sans cœur ! En plus, il n’a pas les aptitudes pour comprendre de quoi il retourne vraiment. Avec rien dans le crâne, difficile d’aller chercher le raisonnable chez lui !

– Ouais, ouais, bien dit !

– C’est trop tard pour discuter…

– Je ne vous parle pas uniquement de discuter, reprit le pouce de la main, je vous parle d’intégrer ce qu’il a à dire. Parce que ce que vous comprenez de ses revendications sont celles que vous avez au fond de vous. La violence que vous ressentez est celle qui vous habite. Les incompréhensions que vous décelez chez lui sont celles qui sont en vous. Et…..

– Hé ho, mais ça va pas non !! Pour qui tu te prends toi de venir nous dire que nous sommes comme lui ? Je n’ai rien à voir avec cette partie de nous qui dit et fait n’importe quoi….

– ?!

– Hein ? Mais non je ne l’ai pas dit !!

– Si tu l’as dit : « il est une partie de nous » et c’est indéniable ! Elle ne nous plaît pas ? Changeons là, en nous d’abord, parce qu’à force d’en parler telle qu’elle est actuellement, nous allons la renforcer, la faire exister encore plus, en nous et donc à l’extérieur de nous !

– Pfff, c’est fumeux tout ça, on ne comprend rien à ce que tu dis, et de toute façon, nous ne sommes pas le problème, c’est le petit doigt de pied qu’il faut éliminer ! C’est vrai que ça risque de faire un peu mal, c’est vrai que l’ensemble ne sera plus comme avant, mais au moins, nous serons débarrassés de ce fléau !

– Non, nous ne serons débarrassés de rien puisque si fléau il y a, il est en nous et seulement en nous… Et il vient de loin !

– Bon OK ! Nous avons compris pouce ! Ça suffit maintenant. Nous t’avons donné le temps de parole, personne n’est d’accord avec toi, alors tu dois te rendre à l’évidence : ton idée de troisième solution n’est pas adéquate avec la situation !!

– Pourtant, comprendre que cela vient de nous, changer nos points de vue, et intégrer la leçon de vie qu’il nous est donné de recevoir, c’est ça la vraie (r)évolution, dit le pouce en marmonnant…