Le deuil

Photo des deux recueils de poésie écrits par Catherine Vollebout (Cathy)

 

Hier, une amie est partie, et cela fait toujours mal…

Dans un premier temps, on n’y croit pas trop… Cela a l’air abstrait. Puis vient le temps des messages de ces amis et fidèles lecteurs. Et là, on se rend compte de ce que l’on a perdu… Les émotions prennent le dessus quelque temps, le temps des larmes, la gorge se noue en se disant que l’on ne va plus lire ses mots, ses magnifiques poèmes, entendre sa voix et partager quelques furtifs moments de conversations sérieuses ou anodines. Notre monde ne sera plus jamais comme avant. La perte est là, et dans ce cas là, elle est rude !

Mais qu’a-t-on perdu exactement ?

Une partie de nous, nous dit ladv.

Voilà le deuil que nous avons à faire. Autant pour un rêve, la partie de nous qui parfois meurt, est souvent une façon de comprendre que l’on est passé à une autre étape dans sa vie, un avertissement de son inconscient qui nous dit : « ça y est, tu peux aller plus avant maintenant ! » autant pour le décès d’une amie, il s’agit plus d’une invitation à reconnaître ce qui en nous s’en est allé… en quelque sorte.

Vous vous dites : « mais c’est horrible de ne penser qu’à soi dans des moments pareil ! »

Je me dis : « quel plus bel hommage personnel puis-je lui rendre que d’intégrer en moi la leçon de son geste, geste qui, même si ce n’est pas moi qui l’ai effectué, me concerne bel et bien, puisqu’elle faisait partie des gens avec qui j’ai entretenu des relations de complicités, d’affinités et d’émerveillements lorsque je lisais et relisais à voix haute et enthousiasmée ses merveilleux poèmes ?

Cathy la poétesse est partie hier aller rejoindre sa mère. Comment le sais-je ? Tout simplement parce que son cerveau-ordinateur l’a convaincu que c’est dans l’eau, principe féminin primordial, qu’il fallait qu’elle revienne. Comme « un retour aux sources », comme pour assouvir un besoin intense de se retrouver enfin en sécurité et en totale confiance dans un environnement calme et parfaitement adapté à une âme si fragile.

Mais ça, c’est pour son histoire et même là, c’est ce que j’y vois, c’est personnel…

Et plus globalement, quel est l’effet miroir ?

Ce que je voyais chez Cathy, c’était ce que je veux développer chez moi : à commencer par l’authenticité et le talent ! Cathy jouait avec les mots, sous forme de poèmes : c’était son mode d’expression. Comme me l’avait dit Clara qui me l’a présentée : « cette fille pense en poésie », je me suis vite retrouvée particulièrement touchée par ses vers. Ce qu’elle racontait me « parlait ». Je prenais particulièrement soin de bien comprendre ce qu’elle pouvait dire, tout comme je prends soin, il me semble, de bien me faire comprendre dans ce que j’écris. La lire était rentré dans mon quotidien : je lui disais souvent que sa poésie était pour moi : « un peu de douceur dans ce monde de brute !” Je voyais ça chez elle, les mots peuvent révéler quelqu’un, j’avais l’impression que je la comprenais parce qu’elle me parlait comme je pensais qu’il fallait qu’on me parle.

Autant vous dire que j’adorais son style et sa simplicité : souvent, la chair de poule me prenait lorsque je lisais certains de ces vers alors même qu’un enfant aurait pu les écrire. Elle parlait de la vie de tous les jours sans en faire des tonnes, en s’adressant à tout le monde, sans chercher à convaincre et à impressionner… Encore un aspect d’elle que je voyais clairement, alors que cela m’appartient évidemment !

Et, elle avait un côté qui me paraissait sombre : sa maladie prenait une place importante dans sa vie ! Je sais que cette immense fragilité qu’elle portait en elle, je l’ai aussi, sous une autre forme… Elle me montrait que l’on peut très bien avoir un talent fou, transformer son plomb en or comme savent si bien le faire les poètes, et continuer à alimenter des contradictions en soi qui, dans son cas, ont fini par prendre le dessus ! Dernièrement, elle avait pourtant décidé de comprendre son mode de fonctionnement : j’étais confiante, mais ce n’était encore là que ce que je voulais bien voir d’elle.

Rien de tout ce que je viens de décrire n’était vraiment elle, mais c’est ce qu’elle représentait pour moi… Non, en fait, c’est ce qu’elle représente pour moi, car à bien y réfléchir, croiser la route de Cathy dans sa vie, comme croiser la route de tout un chacun, ce n’est pas anodin. Et si un jour après son départ, elle m’a déjà appris tout ça, je ne doute pas qu’elle a encore beaucoup de choses à m’apprendre. Maintenant je sais encore plus qu’avant que l’on a beau faire du beau, du bien et du bon, l’on peut aussi se laisser submerger par leur exact contraire et ne plus avoir la force de continuer sous cette forme, dans cet état…

Oui, parce que maintenant, et là, je laisse parler mes convictions profondes, Cathy est dans une autre forme, dans un autre état ; jusqu’à preuve du contraire, la vie, c’est ça. L’on vient dans ce monde en un instant -celui de la rencontre entre un spermatozoïde et un ovule- et en un endroit -le corps d’une femme où a lieu cette rencontre créatrice- et l’on repart en un instant -celui où le souffle de vie quitte le corps- et en un endroit -de l’eau fraîche et vive d’une rivière pour mon amie Cathy-

En cet instant même, elle est dans un autre espace-temps… et j’espère qu’elle s’y sent parfaitement bien !

Pour Cathy

Son blog : http://baladenvers.apln-blog.fr/