La liberté

Source : flickr.com. raz1940 et Charlotte « Hirondelle de fenêtre et moineau friquet »

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Un jour, une jeune hirondelle sur le point de partir en migration se posa juste à côté d’un jeune moineau.

- Ah ah ah, dit la péronnelle, quand je pense que je voyage tous les ans, et que toi, tu restes perché sur cette branche depuis que tu es né ! Non, mais vraiment, tu ne fais pas grand cas de tes ailes, tu pourrais au moins te rendre compte de la chance que tu as de pouvoir quand tu veux t’envoler grâce à elles, vers d’autres pays loin d’ici.

- Oui, je sais ! répond le moineau un peu vexé par les remarques de la demoiselle. Mais tu vois, je suis très bien niché ici.

- Comment ça, tu es bien ici ! Ah, mais ça se confirme alors : tout le monde dit que derrière ce bec, les idées ne sont pas très claires ! C’est donc vrai !! Moi, je te parle de liberté de faire, à chaque instant ce que tu veux. Je te dis qu’il est tellement plus intéressant de partir tous les ans vers des pays chauds où tout est beau ! Mais je pense que tu as trop peur de laisser derrière toi ce que tu connais par cœur.

Et sans attendre de réponse, vigoureusement l’hirondelle battit des ailes, et s’envola avec les siens.

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Quelques années plus tard, l’hirondelle très fatiguée revint se poser sur la branche où le moineau était encore installé.

- Tiens te voilà ! Te souviens-tu de moi ? lui dit-elle

- Et comment je me souviens ! répond le moineau tout heureux de la revoir. J’ai tellement pensé à toi et à ce que tu m’as dit autrefois. Je serais bien curieux de savoir comment tu as passé toutes ces saisons, et le sentiment que tu as, par rapport à la liberté ? Avais-tu raison ?

- Eh bien, j’ai beaucoup changé à ce sujet ! Il est évident que je ne suis plus autant qu’avant heureuse de partir tous les ans. Je commence à fatiguer, mes ailes ne sont plus ce qu’elles étaient. Plus je m’envole, plus j’ai la sensation que pour moi, il n’est plus du tout question de liberté tu vois !

- De quoi s’agit-il alors ?

- J’ai l’impression que je fuis, je fuis un extérieur qui ne me convient pas et en même temps, je fuis quelques questions liées à mon existence et à ce que je pourrais en apprendre… Mais, et toi, qu’as-tu appris sur toi en restant toujours là ?

- Moi, j’ai réfléchi à la liberté ; tes anciennes affirmations ne m’ont pas quitté ! Tous les ans je vous regarde vous rassembler à la même période pour aller au même endroit, chercher la même chose et cela me laisse perplexe. J’ai appris que parfois, certaines années, l’endroit où vous avez l’habitude d’aller n’est plus si accueillant qu’avant. J’ai même ouï dire que la nourriture venait à y manquer parfois ! Alors dans ces conditions, je me suis demandé ce qui vous faisait partir encore et encore, tout comme tes questions m’avaient fait réfléchir sur les raisons pour lesquelles moi et les miens restons ici tout au long de l’année ! Nous souffrons aussi du froid et de la faim, peut-être même plus qu’avant ! Et un jour, j’ai compris ! J’ai compris que nous avons beau avoir des ailes toi et moi, nous avons beau virevolter dans le ciel, nous ne sommes pas libres pour autant ! Nous obéissons à des habitudes qui nous lient à notre sort ! J’en ai déduit que la vraie liberté n’était pas extérieure à nous, au contraire, elle ne dépend que de nous ! La liberté d’être heureux toujours et en tous lieux, n’est pas lié à l’endroit, au soleil, aux moyens et aux capacités que l’on a ou pas, même pas à l’environnement d’ici ou d’ailleurs ! La véritable liberté est tout intérieure et elle nous permet de nous sentir à notre place à chaque instant de notre vie, sans rêver à autre chose, tout en améliorant jour après jour ce que nous avons déjà…

- Magnifique réflexion moineau ! Ma prison c’est de partir, la tienne c’est de rester là ! Notre liberté serait de nous sentir bien avec ce que nous vivons, à chaque instant de notre vie…

- Oui l’hirondelle, je pense vraiment qu’il est plus important, d’être toujours libre où que l’on soit. C’est la seule vraie liberté à notre portée ici-bas !

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Et vous, pensez-vous que ce qu’il y a de meilleur est ailleurs, hors de vous ?