La gentillesse

  (Version audio en bas de page)

 

Un jour, Mademoiselle La Gentillesse s’exprima ainsi :

« Les gens qui me connaissent un peu savent que je peux être très enthousiaste, très serviable et très généreuse en compliments.

Et pour ôter vos doutes, je tiens à vous préciser que :

- Non ce n’est pas surjouer,

- Oui, c’est sincère et,

- Non ce n’est pas d’aujourd’hui.

:)

En effet, ce comportement me vient de loin. Depuis toujours, du moins d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours badé autrui !

Dès les premiers rapports que j’ai entretenus avec les autres, j’ai exprimé mes sentiments les plus positifs que je puisse trouver.

J’ai toujours considéré que chez chacun se lovaient le bien, le beau et le bon. Un peu d’observation et de l’intérêt permettent de mettre à jour ces évidences.

C’est devenu un mode de pensée. De ce fait, il me semble que l’autre a toujours quelque chose à m’apprendre… Ainsi, ceci a toujours été vrai !  

Pourtant…

Pourtant, j’ai déjà entendu certains avancer l’argument qu’être gentil serait preuve de lâcheté et de couardise ! Or, je pense que c’est tout simplement, très exactement l’inverse. Je n’ai rien à voir avec ces sentiments. Etre un vrai, un authentique gentil nécessite au contraire beaucoup de courage. 

D’autre part, j’ai dû faire face à l’idée insidieuse qu’être moi, et mettre en avant ce que les autres ont de mieux, était un peu démagogique. Il y avait un doute : était-ce dû au fait que je me sentais petite et sans grand intérêt ? Ou était-ce pour mieux me faire aimer ? De ce fait, être gentille serait alors une façon peu glorieuse de ne pas me sentir seule, d’appartenir à un clan…

Puis, très vite, la notion de dévalorisation est venue dévoyer, éroder, déformer mon message ! J’ai regardé autour de moi, impuissante, certains de mes amis tomber un à un. Parce qu’ils avaient cru qu’être gentil était une faiblesse, ils ont vécu dans la peur.

Et la peur entraîne vers la petitesse et les bassesses… 

Si Madame la peur est utile dans certaines circonstances, dans ces cas-là, elle fait penser et dire des choses qui rabaissent. C’est parfait puisque c’est exactement comme cela que mes amis se sentaient désormais avec elle ! 

Malheureusement, ils ne savaient plus reconnaître dans le fond d’émerveillement que chaque rencontre procure, un don, un cadeau fait naturellement pour être gentils et pour donner du réconfort aux autres. Ils se sont fermés au bonheur d’être tel qu’ils sont. S’interdisant désormais de faire ce que la nature leur dictait, ils devinrent vite aigris, ils en voulaient à la terre entière !

Plus ils s’éloignaient des talents des autres, plus ils s’éloignaient du leur et plus ils me perdaient…

Je les voyais, visages déformés par la hantise, la jalousie, les bas instincts. Nourris de peurs, ils devenaient sans le vouloir, par la force des choses comme ils disaient, des juges partiaux, qui dénigrent, qui voient le mal partout… Et voici entremêlés, les causes et les effets de leur réalité :  tout autour d’eux, se tenaient des gens pour qui le mal existe et est domicilié, principalement, chez les autres… Pauvres âmes perdues, ils avaient à vivre cela semble-t-il pour s’apercevoir que ces pensées les rendaient vraiment très malheureux. 

C’est avec grand plaisir et beaucoup de reconnaissance envers la vie elle-même que je voyais certains continuer malgré tout à être gentils ! C’était plus fort qu’eux ! Dans certains domaines de vie, ils acceptaient et plébiscitaient même ma présence ! Après tout, l’existence, la vraie, ne se vit pas en deux dimensions ! Ce serait trop simple de croire que le bien et le mal existent…

***

Je voudrais ici vous faire part d’une histoire qui est arrivée à une amie, perdue elle aussi au milieu d’un méchant tourbillon. Elle a dû endurer des quolibets parce qu’elle me connaissait et me pratiquait avec assiduité. Elle passait son temps, pourtant précieux, dans un de vos fameux postes de torture des temps modernes, j’ai nommé un travail. Un jour, une convocation chez une personne qui remplissait le rôle de chef, lui laissa une vilaine blessure au cœur. Celle-ci lui fut infligée par la phrase assassine que voici :

- Vous êtes trop gentille, c’est intolérable !

Puis, face à la bouche ouverte de mon amie, le chef rajouta :

- Je vous rappelle que vous travaillez dans le social, et les personnes en difficultés sociales n’ont pas à rencontrer des travailleurs sociaux gentils !

- Ah bon ?! dit mon amie, interloquée.

- Nous vous demandons d’être efficace ! renchérit l’âme égarée furibonde.

- Ah bon ?! répondit une seconde fois mon amie les yeux ronds d’étonnement ! On ne m’avait pas tout dit en fait !! Il fallait préciser à l’embauche quand même !!

Sa profonde envie de reconnaître le bien chez l’autre devait passer à la trappe…

- Pourtant revaloriser, encourager, être gentille quoi, je pensais que c’était bien ! dit-elle en se tournant vers moi.

En fait, elle apprit à cette occasion que cela pouvait être « inadéquat » !

- Re et re Ah bon ?! Zut alors ! s’insurgea-t-elle.

Face à ce dilemme, que faire ?

Avez-vous déjà essayé d’aller travailler en mettant vos principales valeurs dans la poche avec un mouchoir dessus pour qu’elles ne s’échappent pas et tout cela en gardant la santé ?

Mon amie n’a pas pu… 

Alors son beau contrat à vie de suppliciée se transforma en une lettre de démission.

Revenue à la réalité, à sa réalité, quelle ne fut pas mon allégresse de la voir faire à nouveau ce qu’elle savait faire le mieux : être gentille avec les gens ! Dès qu’elle voyait quelqu’un, elle cherchait à le complimenter. Parfois, cela concernait sa façon de s’habiller, parfois ce qu’il faisait, parfois ce qu’il pensait… Elle n’oublia pas non plus de poser, de ci, de là, des actes de gentillesse !

Bref, tous les prétextes furent bons à nouveau !

Elle me recontacta enfin à plein temps ! Et je me souviens très bien ce qu’elle m’a dit alors :

- La gentillesse, la vraie, est un comportement rare et précieux !

Elle exagère tout de même, je ne pense pas me faire rare ! Par contre, je pense être précieuse !  Oui, oui ! Car aussi bizarre que cela puisse paraître, certaines personnes oublient que je peux être présente dans tous les domaines de vie, à chaque instant et avec tout le monde, absolument tout le monde ! Figurez-vous même que certains se sont tellement éloignés de moi, qu’ils pensent ne plus savoir comment faire ! Ils doivent apprendre, en vérité réapprendre à être gentils, ceci afin d’améliorer leurs rapports aux autres, et donc leur bonheur.

Et bien c’est sûr ! Etre gentil est une excellente façon de rentrer en communication avec ses semblables et c’est même la meilleure façon d’optimiser les relations !

- Ah Oui ?! dirait sans aucun doute ma bonne amie !

:)

Valoriser les gens adoucit les cœurs, la reconnaissance de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font, de ce qu’ils ont, rend celui qui dispense ce trésor plus grand que lui ainsi qu’instantanément sympathique et celui qui le reçoit plus lumineux encore. 

Certains disent que l’on ne voit chez les autres que ce qui est présent en nous ! C’est à tous les coups que je perçois la véracité de cette croyance ! Et vous vous en doutez, je suis bien placée pour le savoir !

Cependant attention, pour être honnête avec vous, je n’agis pas seule ! Pour être tout à fait parfaite, mon intervention doit être accompagnée de ma divine et merveilleuse demi-sœur. Je veux parler de Miss Sincérité ! Si elle n’est pas là, je ne peux pas faire grand-chose d’exceptionnel ! Quoique je fasse, cela sonne faux, la dissonance est même stridente.

Si, en regardant autrui, rien de gentil ne vient à l’esprit, il reste judicieux de se taire ! La sympathique Mademoiselle Amabilité pourra alors très avantageusement me remplacer. Au passage permettez toutes mes sincères salutations à ma charmante consœur !

N’oubliez pas quand même qu’être gentil est un art à ne pas galvauder ! Le développer d’abord pour soi-même reste une condition indispensable pour être diffusé ! Et la manière est alors facile à acquérir, il faut juste vérifier si cela vient bien du cœur ! 

Reste à en prendre la décision devant ce qu’il y a de plus précieux en vous. Ensuite, laissez-vous porter pour développer ce qui a été vu plus haut : l’art et la manière. Vous les avez naturellement en vous et ces atouts précieux ne demandent qu’à grandir ! Et je ne vous dis pas ça parce que je suis gentille !! mais parce que j’ai remarqué aussi que ce qu’il y a de bien avec moi, c’est que tout le monde sait qui je suis.

Tout le monde sait être gentil.

Et c’est pour cela que je peux vous affirmer : j’existe bel et bien, je suis même la clef d’une vie réussie et épanouie !

 

Alors, à votre bonne gentillesse !