Féminin et masculin

Source : flickr.com : Willy Revel – Yin et yang – Peinture de Marianne Clairon – www.effeuilloir.ch/index.html

 

Voici donc la suite du texte : « Nous vivons à moitié »

La femme du chef de la tribu rentra sous la tente pour apporter les mets qu’elle et ses filles avaient préparés pour les hommes. Cette femme avait de grands yeux noirs très expressifs, signe d’une grande présence. Sans un mot, juste avec un simple regard, l’homme en blanc comprit la nature des qualités qu’elle possédait. Après les remerciements pour les mets disposés face à eux, l’hôte parla en ces termes :

– J’ai vu que tu as regardé ma femme, elle aussi fait preuve d’une grande sagesse, tu sais ! C’est elle qui enseigne à mes enfants et je dois avouer que ses actes sont bien plus importants et démontrent, bien plus que tous les discours, la grandeur de son esprit.

– Ta renommée n’est pas galvaudée l’ami ! Tu es un homme sage. Tu vois en elle ce qu’il faut y voir assurément.

– Oui, je n’ai aucun souci à reconnaître ce qui est. D’ailleurs, je ne comprends pas la raison pour laquelle, encore si souvent, certains hommes se croient supérieurs en tous points aux femmes ! Pourquoi faire autant de différences ? As-tu une explication à ce phénomène ?

– Hum… Vaste sujet ! Cependant, il me semble que les différences appartiennent au monde matériel, palpable et au royaume des sens. En regardant une femme, les hommes ne voient que la moitié de ce qu’il faut y voir, en regardant un homme, les femmes ne voient que la moitié de ce qu’il faut y voir. Les différences sont faites d’apparences. Et en intégrant les apparences, nous nous apercevrons que nous sommes masculin et féminin à la fois. Nous pensons être distincts les uns des autres, alors que nous ne faisons qu’un !

– Allons bon. Mais que me dis-tu là ? Il est pourtant visible de tous que le masculin et le féminin sont bien différents ! Je veux dire, cette évidence n’a pas besoin de se défendre, elle se voit non ?!

– Oui, dans cette dimension, il y a cette nette distinction. Mais dans la dimension dont je te parle, ces différences ne sont que des effets d’optique, de pures inventions des sens ! Car, en fait, les hommes ne sont que le représenté matériel de ce que chaque individu porte en lui. Les femmes ne sont que le représenté matériel de ce que chaque individu porte en lui ! Et à chaque fois que nous entrons en communication avec quelqu’un d’autre, nous pensons qu’il ou elle est différent de nous alors qu’il ou elle est une partie de nous !

– C’est troublant ce que tu dis, car c’est remettre en cause ce que nous vivons, jour après jour dans le concret, le palpable, la vérité quoi !

– L’humanité vit dans une forme de vérité toute relative mon ami ! Car la vérité n’appartient pas uniquement au monde physique ! Sais-tu ce qu’il se passe dans ton cerveau alors que je te parle ?

– Eh bien, je suppose qu’il est en train de se concentrer pour pouvoir comprendre ce que tu dis ! Et je t’avoue qu’il est sur ses gardes !

– Ha ha ha ha ! Il ne devrait pourtant pas ! Mais ta petite réflexion me permet de préciser une chose importante : en te concentrant tel que tu le fais, tu es en train de te servir d’une seule facette de ton cerveau, le mental. Ce côté rationnel, représentant aussi le concret, est indispensable, car il permet à chacun d’entre nous de survivre dans la réalité matérielle qui nous entoure. Mais il a tendance, puisque nous lui en laissons toute la place, à se croire seul maître à bord. Or, il est à noter que le cerveau, cet organe formidable, chef d’orchestre de tous les autres organes, est en charge d’une autre fonction, siège de capacités merveilleuses, éminemment créatrices et illimitées.

– La face cachée ?

– Oui ! La dimension symbolique, virtuelle et imaginaire de l’existence, c’est à dire le côté plus abstrait. Or c’est justement en développant cet aspect-là que les individus passent du pôle survie de l’existence au pôle vie !

– Et alors, lorsque je réfléchirai en symbolique, virtuel et imaginaire, je commencerai à vivre ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

– Qu’il y a une dimension, tout aussi importante, qui complète le monde matériel. C’est le monde immatériel, hautement créatif, c’est là où tout est possible ! D’ailleurs, toute chose matérielle est passée par une phase immatérielle. C’est un potentiel énorme mis à notre disposition. Ceci fait référence au féminin de l’être décrit dans certaines traditions qui ont fondé l’humanité telle qu’elle est actuellement. Ces traditions, portées par des croyances spécifiques, essayaient par ce biais de faire prendre conscience au plus grand nombre de l’incontournable cause qui préside à tout ce qui existe, sous l’appellation de « mystère ». Il était, est et restera encore un peu difficile de faire comprendre que le monde qui nous entoure n’est qu’une infime partie de ce qu’il faut y voir. Cela sous-entend donc que des concepts importants nous sont cachés, voilés. Et à ce propos, qui à l’extérieur de nous se retrouve voilé justement ?

– Nos femmes ! Nos femmes sont voilées ?!

– Oui, bien vu l’ami ! Par le fait même qu’elles portent le voile, les individus -hommes et femmes confondus- ont compris qu’ils étaient face à une énigme, quelque chose en eux qui est caché… Pour certains, c’est la partie divine de l’être, pour d’autres, c’est un trésor, ou un talent, pour d’autres encore c’est un potentiel immense et infini ! Dans tous les cas, cette partie voilée en nous est plutôt féminine, car elle est suprêmement créatrice, pourvue de ressources infinies. C’est en elle que se transforme la graine, le germe que nous sommes au tout début, dans le monde animal, matériel. Sous son action, elle amène à maturité un nouvel être, potentialisé et fini. Comme une femme humaine est enceinte et accouche, lorsque nous nous laisserons pénétrer par le verbe créateur, alors notre femme intérieure sera enceinte de la graine qui comprend l’être entier et nous accoucherons de nous en tant qu’être accomplit. C’est le symbole que porte l’humain d’ailleurs : il matérialise sur Terre, l’indicible grandeur de la création parfaite et complète. C’est cela qui se dérobe à nos yeux faillibles, tournés vers l’extérieur de ce qui est et nous empêche de voir ce qui serait le plus important à regarder et à admirer en soi.

– Mais j’ai entendu dire que dans d’autres régions du monde, les femmes n’étaient pas voilées ? Connaissent-ils tous cette partie d’eux-mêmes ?

– Non l’ami, c’est tout comme ici. Les femmes portent aussi un voile là-bas, même s’il est plus complexe à voir. Il est dans l’inconscient collectif, au fond de la grande mer interne, encore plus caché à leurs sens qu’il ne l’est en cette contrée ! Globalement l’humanité n’a pas compris qu’elle a tout en elle, chaque individu détient en son sein toute la création depuis le début de l’univers, il a aussi toutes les connaissances pour se développer grâce à cette partie symbolisée par le côté féminin de l’être.

– Mais alors, tu dis que nous refusons de dévoiler en nous une telle splendeur ! Comment est-ce possible ?

– L’humanité doit grandir encore un peu pour arriver à comprendre qu’elle a cette part merveilleuse et créatrice en elle. Tant que nous agirons comme des enfants, dépendants de l’extérieur pour tout expliquer, il nous sera impossible de toucher à ces ressources infinies ! Nous aurons toujours besoin de nous agiter extérieurement pour nous prouver que nous existons. D’autre part, la plupart d’entre nous remplissent le temps alors qu’il est le bien le plus précieux que nous ayons à notre disposition pour croître justement, dans le sens de grandir et non de nous reproduire. Car en nous, retourné vers notre essentiel, il n’est plus question des mêmes contraintes : l’espace-temps est aboli, c’est une troisième dimension en quelque sorte !

– Comment pourrions-nous être en même temps ici et là-bas, hier et aujourd’hui ? C’est incompréhensible !!

– Notre monde est une succession de débuts, de fins et de contraintes qui y sont liées ! Ce sont ces contrastes qu’il nous est demandé d’expérimenter sur Terre, en premier lieu. Pour autant, nous pouvons appréhender cette suppression de l’espace et du temps grâce à une émotion, plus forte que toutes les autres, je veux parler de l’amour. Mais attention, je parle ici d’un amour de haute qualité… Celui qui nous fait vivre dans notre connu, le fait extraordinaire suivant : que le ou la bien-aimé(e) soit ici ou là-bas, que nous soyons prêt de lui ou d’elle maintenant ou dans deux jours, peu importe ! Il ou elle est présent(e) en nous à chaque instant et où que nous allions, il ou elle est là en nous ! Cela préfigure l’amour inconditionnel qu’il nous est demandé de nous donner, car évidemment les retrouvailles extérieures ne sont que le représenté de celles qui nous attendent à l’intérieur, les seules épousailles qui soient vraiment importantes pour l’accomplissement de l’être ! L’amour seul préside à cela !

– Donc, en nous existe une partie puissante, créatrice, mais voilée et c’est avec elle que nous devons nous marier une fois que nous serons en âge de le faire ?

– Puisse tous les hommes et les femmes de la Terre avoir le désir de vivre en eux de telles noces !

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Si ce point de vue vous intéresse, je vous invite à écouter Annick De Souzennelle -ci-après en vidéo- et à lire ces ouvrages. Elle a écrit à ce sujet et sur bien d’autres d’ailleurs, avec son point de vue symbolique, qui est puisé dans les textes sacrés des religions juive et chrétienne principalement, mais aussi musulmane, sans oublier les mythes fondateurs, grecs notamment. Avec ces bases, il est sûr que son discours parle énormément et rejoint le point de vue de ladv sauf qu’en lieu et place du divin (des textes sacrés) ou du fantastique (des mythes, contes et légendes), ladv y met le fonctionnement du cerveau ! C’est moins grandiose, mais tellement plus logique ! (Enfin, ça, c’est mon point de vue et ce sera à vous de juger !!)

Il n’en reste pas moins vrai que l’enseignement de Madame de Souzenelle est hautement spirituel -et non religieux- et nous avons tous besoin d’explications, surtout celles qui mettent du sens à ce qui arrive chaque jour de par le monde.

Si pour elle, vous allez l’entendre, il est temps de parler, alors, pour nous, il me semble qu’il est temps d’écouter et de partir à la rencontre de la personne merveilleuse, unique et géniale que nous sommes tous au fond de nous.

Bonne écoute.