Domaine de vie : soi-même et soi-même.

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« Moi et Moi » clôture donc les cinq domaines de vie. Or, sachez que les quatre déjà décrits, sont tous impactés par celui-ci. En effet, il paraît évident que sans nous-même, difficile d’entretenir des relations avec son conjoint, sa famille, ses amis et son travail, non ? De ce point de vue là, chacun est le créateur et le centre de son monde.

Cependant, ce point de vue n’est pas très bien vu ; un excès de pudeur sans doute. Entretenir des relations entre soi-même et soi-même semble une démarche quelque peu nombriliste, croyance causée par un certain type d’éducation sûrement. Qui n’a pas entendu, durant ses jeunes années, celles où, comme des éponges ou des pâtes à modeler, les idées et certitudes des autres sont absorbées toutes crues : « trop penser à soi est égoïste et c’est un bien vilain défaut ». Ou encore : « ce ne sont que les gens orgueilleux qui pensent à eux et c’est une bien grosse tare ! » Ou bien encore, version garçon : « prendre soin de soi est inutile, une perte de temps, et c’est limite gênant surtout si l’on veut être un vrai homme ! ». Ou encore, version fille : « ne lui dites pas qu’elle est jolie, elle risque de le croire ! » Évidemment, cela serait objectivement trop horrible qu’elle s’aperçoive qu’elle n’est pas une chose sans intérêt et sans aucun attrait ! Imaginez ce que de telles pensées de considérations envers soi-même pourraient avoir comme influence néfaste sur elle ?! (c’est de l’humour bien sûr !)

Pourtant, tout commence bel et bien par la qualité des relations que nous entretenons nous-mêmes avec nous-mêmes, et quand je dis tout, cela englobe notre capacité à survivre jusqu’à notre bien-être et au final, nos relations avec les autres.

Et les textes qui suivent sont deux exemples qui ont façonné et façonne encore sous certains aspects, la perception que les personnages principaux ont d’eux-mêmes et donc de ce qui les entoure. Ce sont ces ressentis, fixés par des croyances, qui créent « leurs mondes », ayant à la fois des aspects communs à bon nombre de leurs contemporains, tout en étant uniques pour chacun d’eux.

***

Posons le cadre de la première histoire, pour en apprécier tout le sens.

« L’homme droit. »

Savez-vous comment un éléphant adulte peut rester attaché avec une simple corde à une de ses pattes sans essayer de se sauver ?

Tout simplement, car dès tout petit, il a été élevé, enchaîné à une corde suffisamment solide pour qu’il ne puisse pas la casser. Il en a déduit que ce lien est plus fort que lui, et il a intégré le fait qu’il ne peut pas s’échapper. Devenu adulte, alors qu’il serait très facile pour lui de se libérer, l’éléphant reste sagement au bout de la corde. Il n’essaie pas de briser ce lien parce qu’il se dit qu’il est vraiment plus fort que lui et qu’il n’est pas en mesure physique de le casser.

Suppositions ?

Possible (je ne suis tout de même pas dans la tête de l’éléphant), mais pour les besoins de cet article, si nous acceptons cette explication comme exacte, nous pouvons dire que ce qu’a vécu l’éléphanteau conditionne l’éléphant qu’il est devenu.

Pensez-vous que nous soyons, nous les humains, à l’abri d’un tel mécanisme ?

Oui ! me dites-vous.

Hum…! C’est ce que l’on dit et ce que l’on aimerait croire !

Voici donc l’histoire de V racontée par F. Cela vous fera sans doute comprendre comment de simples toutes petites chaînettes peuvent nous entraver aussi, à nous humains si conscients de notre conscience et pourvus d’un mental si fort ! Et aussi, comment la corde de V le retient, alors qu’il est adulte, dans un mode de fonctionnement issu de son enfance et comment le domaine de vie « de soi-même et soi-même » peut en être affecté.

« Il y a presque cinquante ans, je naissais. J’arrivais au monde sans avoir, consciemment en tout cas, la moindre idée de ce qui m’attendait. Il paraît que l’âme choisit de s’incarner un jour, quelque part sur terre, dans une famille… Certains sont persuadés de la véracité de ce point de vue, car grâce à lui, notre passage sur terre a un sens. Pourquoi pas ?

Moi, j’y crois, parce qu’aussi non, à quoi bon ?

C’est vrai sinon, pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi avoir choisi une mère dépressive, bourrée de peurs et d’insécurités, pensant que c’est aux autres de lui fournir stabilité et confiance et se sentant continuellement frustrée par la non-satisfaction de ses désirs ? Pourquoi avoir choisi un père dévalorisé par l’idée qu’il pourrait se faire rejeter par cette femme, parce qu’il ne se sent pas à la hauteur des challenges qui l’attendent et qui en veut aux autres de ne rien faire pour l’aider à se sentir fort ? Pourquoi dès le début, avoir à subir une négligence de soin dans une société pléthorique, puis plus tard, les rudes réprimandes ainsi que les corrections physiques, pour un oui alors que l’adulte attendait un non et pour un non alors que l’adulte attendait un oui ?

Je devais donc arriver là, vivre ça, comme ça, et me dire, comme l’éléphanteau que c’était normal. Après tout, les gifles comme mode éducatif, c’était courant : « qui aime bien, châtie bien ! ». (Vous sentez à quel point la corde est bien arrimée là ?) Humilier, terroriser, maltraiter son futur, vouloir de lui qu’il change le monde en lui faisant rentrer à grands coups de taloches les règles de l’Ancien Monde, voilà qui est bien courant et en même temps qui est une bien étrange manière de procéder. De toute façon, que l’on trouve normal ou que l’on soit épouvanté par de tels agissements, les résultats restent les mêmes : plus les enfants sont soumis à ce genre éducatif, plus les cordes qui entourent leurs chevilles se resserrent, et, sans une sérieuse prise de conscience, impossible de penser qu’adultes, ils pourront aller plus loin que leur bout de ficelle !

Je vous propose une anecdote, une parmi les milliers que j’ai en tête, qui va éclairer mon propos.

Un jour, ma mère recevait une amie et elles s’entretenaient au sujet de l’éducation des enfants et des garçons en particulier. Ma mère parlait de moi, de mes « bêtises », et de la bonne mère qu’elle était en me punissant dès que cela était nécessaire. Je jouais dans la pièce, mais elles parlaient comme si je n’étais pas là.

« Oh ben tient, l’autre jour, il a fait du bruit quand il était dans son bain, enfin du bruit ! C’est un euphémisme ! En fait, je veux parler d’un boucan d’enfer ! Je préparais le repas du soir, et tu vois, malgré le fait que la pièce d’eau soit à l’autre bout de l’appartement, je n’entendais même pas la télévision tant il était excité ! Je suis rentrée dans la salle de bain excédée, tellement épuisée par ma journée que je ne suis même pas arrivée à lui parler, je n’avais plus de force pour expliquer quoi que ce soit. La gifle est partie d’un coup, et je l’ai rincé à l’eau froide ! Crois-moi, il n’a pas bronché ! Il a dû comprendre pourquoi j’étais si énervée ! C’est vrai quoi, on n’a pas idée à son âge ! Il a six ans quand même, il peut comprendre, non ? Même si je ne suis pas bien sûre qu’il comprenne toujours tout ! »

Et il faut reconnaître qu’elle avait raison, je ne comprenais pas toujours tout. Je recevais des cris, des fessés, et souvent, comme cette fois-là, je ne comprenais rien ! Mais bon, je me disais que je devais sans doute le mériter, car convaincu par les adultes que ce que j’apprenais à l’école était vérité absolue, je me suis dit que ce qui se passait à la maison devait être du même genre.

Je suis qui je suis maintenant, à cause et/ou grâce à tout ça. Le constat est là, les ancres des « tais toi », « t’en veux une ou quoi ?! », « mais quel mal élevé alors, tiens prends ça, ça t’apprendra ! » refont surface de temps en temps ce qui constitue les limites de ma corde. Et cela prend une tournure tout à fait incongrue parfois. Par exemple, je discute tranquillement avec une personne et là, d’un coup, je peux avoir la sensation que je vais me prendre un coup, alors que rien objectivement ne l’annonce. Comme lorsque j’étais petit… Mais je ne suis plus petit, alors, je me contrôle ! Je fais très attention aux signes avant-coureurs, et je suis toujours très courtois et poli…

Ce qui n’est pas une tare non plus me direz-vous. C’est vrai et je n’ai pas l’impression d’être irrémédiablement inadapté au monde qui m’entoure.

D’ailleurs, les gens que je côtoie me le confirment sans cesse : je ne suis pas agressif ou constamment sur la défensive, je ne suis pas dépressif non plus et personne ne me dit que je m’en suis bien sorti, puisque premièrement, je ne vois pas l’utilité d’en parler à tout le monde, et deuxièmement, certainement tout le monde a peu ou prou les mêmes histoires d’enfance à raconter… Pour certains cependant, je parais rigide, « trop » droit. Moi même, je dois avouer que je me sens responsable de tout, tout le temps et pour tout le monde. Je suis angoissé lorsque je fais quelque chose, de le faire mal et de m’attirer des remontrances qui vont forcément me meurtrir. Je suis fidèle dans tous les domaines de vie, je ne fume pas, ne bois pas, ne jure pas, ne parle en mal de personne (d’ailleurs, ce n’est même pas moi qui écrit ce texte, c’est pour vous dire !). J’aide systématiquement tout le monde, qu’on me le demande ou qu’on ne me le demande pas, je n’exprime jamais ma colère. De toute façon, je n’aime pas ça la colère, elle rend laid, elle s’avère souvent totalement inefficace, et avec les années maintenant, je pense sérieusement que cette émotion souvent incontrôlable, ne fait que traduire l’immense impuissance de ceux qui en usent. L’arme des faibles d’esprit en quelque sorte.

Vous avez compris : je suis fait de tous ces événements d’enfance, de ce fait, c’est à moi et à moi seul à qui revient le travail de comprendre que tout ce que j’ai dans ma réalité et qui ne me convient pas me renseigne sur les cordes qui m’entravent encore. J’ai le choix entre me déclarer victime à vie de ce genre éducatif, ou bien m’en servir pour devenir meilleur.

Et justement, j’ai choisi !

Mes obsessions de perfections dont je n’avais pas vraiment conscience, je sais maintenant d’où elles viennent. J’ai décidé de les garder dans les cas où elles me sont utiles. De la même manière, j’ai décidé d’être encore serviable, d’être encore à l’écoute des autres et de leurs besoins. J’ai pris conscience que je veux réaliser des œuvres incroyables et belles, mais non pas par peur que l’on ne m’aime pas, ou par peur des coups réels, virtuels, symboliques et/ou même imaginaires, ou bien encore, par peur de ne pas être parfait, mais parce que je trouve beau de réaliser des actions grandioses, je crois sincèrement que c’est bien de faire quelque chose dont on est fier, je pense vraiment que c’est bon de se rendre utile, d’aider, de soutenir son prochain : tout cela rend meilleur.

Maintenant, tels sont mes moteurs. »

Voilà qui est parfait : l’histoire de V raconte comment il a réussi à briser son bout de corde, ce qui lui a permis d’aller plus loin que le bout de son espace connu et de choisir la direction qu’il veut donner à sa vie.

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Voici maintenant l’histoire de E racontée par R.

« Le vœu du roi »

Il y a cinquante ans je naissais. Ma mère ne me voulait pas, pas plus que mon père d’ailleurs. C’est vrai qu’à cette époque-là (et je dois rajouter, dans cette famille-là), à quarante ans, être à nouveau parents, mère en particulier lorsque l’on est une femme active et non soumise, c’est dur ! C’est vrai aussi que deux enfants déjà « grandets », un garçon et une fille en plus, c’était considéré comme très gratifiant et largement suffisant. D’ailleurs, j’ai toujours entendu dire qu’un couple d’enfants était « le vœu du roi ». Imaginez de quel piédestal une famille retombe si, pour une raison ou pour une autre, un nouvel être vient perturber cette configuration toute royale ! De plus, il est tout aussi vrai que le travail harassant de l’exploitation familiale ne laissait guère à ma mère le loisir de se reposer et de se prélasser en pensant à elle. C’est encore vrai que mon père n’était pas de ceux qui prenaient des initiatives, ne s’étant jamais senti chez lui, chez elle. La bonne marche des affaires, c’était à ma mère que ce travail incombait aussi. C’est encore et toujours vrai que mon grand-père maternel, n’ayant jamais accepté que mon père soit son gendre, le détestait et le jalousait d’avoir fait mieux que lui : un aîné garçon, destiné à reprendre « la ferme !», (tellement il n’a pas eu le choix de son orientation), et une cadette, copie conforme de sa chère fille. Le fait que mon père soit si différent de lui, et affichait aux yeux de tous cette réussite presque insolente dans les domaines de vie où il pensait avoir faillit, mettait encore plus en colère ce vieux lion orgueilleux, blessé par son existence qu’il pensait injuste. Ma grand-mère maternelle ? Effacée, mais c’est d’elle que venait l’exploitation, alors, respect.

Malgré tout, cela ne débordait pas d’amour et de bons sentiments…

Mais qu’est-ce qui a pris à cette âme qui erre en moi de vouloir venir dans cette famille ? Les mettre d’accord ? Peut-être, mais de façon fugace. Alors, peut-être suis-je venue remettre un peu de lien, de communication ? C’est une hypothèse et je l’aime bien. Mais avant ça, il a fallu que la petite fille que j’étais, trouve les moyens de survivre. Une seule option explorée jusqu’au bout : plaire ! Être un bébé calme et adorable, dans un premier temps. Être une petite fille mignonne, rigolote, gentille dans un second temps. Puis être une jeune femme à la hauteur des attentes familiales dans un troisième temps, faire bien tout ce que l’on attend d’une « bonne fille », sans vague ni remous. Les « autres » avaient tellement d’importance ! Il ne fallait pas que les autres puissent mal me juger, il ne fallait pas que les autres parlent de moi, il fallait que je sois discrète, aimable, souriante et travailleuse. Facile lorsque l’on a compris dès le départ que c’est comme ça que l’on survit.

Cependant, après avoir voulu disparaître (anorexie), puis après avoir voulu me remplir de l’amour de ma mère et vomir sa honte (boulimie), j’ai commencé à vivre différemment. De quoi sont faits ces changements ? J’ai commencé à dire non, j’ai commencé à vivre selon mes envies (entendez : « en vie » et plus en « sur-vie » !). J’ai surtout trouvé une place, nettoyée de certaines contraintes qui me rapprochaient des autres en m’éloignant de moi, une place parmi vous tous, toute simple, sans rien vouloir, sans rien forcer, sans rien prouver. Une place naturelle qui me convient. C’est normal d’avoir une place bien à soi pour être bien avec soi. Comment ai-je réussi cet exploit ? En m’apercevant que « le roi » peut se tromper, qu’il a des vœux qui ne sont pas toujours raisonnables, et que si la vie m’a mise là, c’est qu’elle avait ses raisons que je continue à explorer avec plaisir. Mes rapports avec moi-même ; ils sont enfin bons et apaisés parce que je me suis posé les bonnes questions. Au lieu de me lamenter et me dire : pourquoi mes parents ne m’ont-ils pas de suite acceptée et aimée telle que je suis ? Je me suis demandé : dans quelles croyances bizarres étaient-ils donc enfermés pour ne pas arriver à accepter un troisième enfant dans leur vie ? Ça m’a pris des années, mais je suis arrivée à répondre à cette question puissante et dans mon cas, salvatrice.

Car, finalement, au bout du compte, dans mon cas, heureusement que mes parents ne voulaient pas de troisième enfant ! Peut-être suis-je même venue là, précisément à cause de ça, peut-être était-ce mon karma ? Peut-être, tout simplement, je devais expérimenter ces méandres du non-désir et du non-projet pour soi, afin de faire monter le désir d’être soi et réaliser, de bout en bout, LE projet personnel. Une véritable chance ! Ce qui est sûr en tout cas, c’est que si mes parents m’avaient attendu avec envie, je n’aurais jamais réfléchi autant sur l’opportunité d’exister, et donc, la communication de moi avec moi serait peut-être encore au point mort ! Dommage pour moi.

Pourtant attention !

Je reste persuadée qu’il ne sert à rien de vivre des épreuves dans la vie pour évoluer et changer vraiment. Il suffit juste de savoir que ce mouvement vers soi est incontournable pour qui veut se connaitre vraiment, et de vouloir faire ce chemin intérieur. Que l’on soit né avec les plus grandes difficultés du monde ou bien avec une cuillère en or dans la bouche n’a aucune influence sur l’humain magnifique que l’on décide de développer en soi ou pas. »

Je dis merci à V et à E pour leurs histoires, témoignant à quel point une bonne entente avec soi-même est nécessaire et suffisante pour transformer sa vie, la vie de ses proches et la vie des autres au sens plus large. Les gens qui font ce voyage intérieur vers l’être merveilleux, unique et génial au fond d’eux, sont des trésors pour l’humanité.

***

Et vous, quels rapports entretenez-vous envers vous-mêmes ? Les jugez-vous calmes, constructifs, ou au contraire, sont-ils houleux, destructifs ? Pouvez-vous affirmer que vous vous aimez tel ou telle que vous êtes ? Avez-vous encore des chaines qui vous entravent comme V ? Ou bien êtes-vous le projet ou le non-projet de vos parents créateurs, comme E ?

Comment vous aimez-vous ?