Domaine de vie : soi-même et le couple

Première histoire : voici Olivia qui vit systématiquement de douloureuses déceptions amoureuses. Elle s’adresse à Maître Vauking afin d’essayer de comprendre ce qui lui arrive.

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– Maître ! J’ai besoin de votre point de vue, je suis très malheureuse, vous savez ! Avez-vous entendu parler de l’infortune qui me frappe ?

– Tu es Olivia, la fille du boulanger, et ton fiancé Pierre, ne s’est pas présenté le jour de vos noces.

-Bouuuuh ! Ouiiiii ! dit-elle en essuyant ses yeux avec un mouchoir. C’est affreux, c’est la seconde fois qu’un homme me délaisse. Le premier était parti le jour de nos fiançailles ! Raaaah, le Pierrot m’avait promis que jamais personne n’allait plus me faire du mal, qu’il ne m’abandonnerait jamais étant donné ce que j’avais déjà enduré avec Vincent. Alors, comment est-ce possible ? Est-ce que je suis condamnée à tomber toujours sur des hommes qui n’ont aucune parole ? Mais qu’ai-je donc ? Je suis maudite, c’est ça ?

– Retourne la situation, lui dit le sage, car la solution est en toi.

– Ah non, dit-elle tout à coup les yeux rougis par les larmes, vous n’allez pas me dire que c’est de ma faute, non ! Ce n’est pas possible ! Savez-vous ce que j’ai entendu concernant mon premier fiancé ? Soi-disant qu’il avait déjà fait ça dans un village lointain. Il venait d’ailleurs de la grande ville ! Qui nous dit qu’il n’avait pas fait la même chose aussi dans quelques quartiers de cette ville, et que, chassé par les malheureuses, il n’est pas venu chercher une autre victime dans notre village ? Vous comprenez maître, pour celui-là au moins, je suis sûre que je n’y suis pour rien ! Et Blanche, mon amie d’enfance m’a dit que pour le Pierrot, eh bien… heu…

Olivia regarda à droite et à gauche, comme pour s’assurer que personne n’écoutait. Puis, elle se rapprocha de Maître Vauking et lui dit tout bas :

– … elle me dit qu’il est bien possible que Pierrot sentait que Vincent tenait encore une place dans mon cœur…

Puis, baissant les yeux, elle ajouta :

– Il faut avouer que ce n’est pas faux vous savez maître. Je l’aime encore mon Vincent… Mais, quand même, dit-elle en se redressant et en fixant le sage droit dans les yeux pour lui assurer de sa sincérité, le Pierrot m’allait très bien ! Je ne lui ai jamais parlé de mes sentiments pour l’autre. Serait-il possible qu’il ait senti que je n’étais pas entièrement amoureuse de lui et qu’il ait pris peur ?

– Si tu veux que je te dise ce que tu veux entendre, alors oui, sans aucun doute, il a pu ressentir que quelque chose dissonait chez toi. De cerveau à cerveau des informations passent, mais pas uniquement, le corps parle aussi bien et même mieux que des mots, le savais-tu ? Tout dans tes attitudes aurait pu avertir Pierre de ton attachement à Vincent.

– Oui, je sais… dit la jeune femme rougissante.

Incapable de soutenir le regard de maître Vauking, elle avoua, en baissant les yeux, honteuse, comme si elle confessait un crime odieux :

– Quand le Pierrot m’embrassait, je pensais à Vincent, quand il me prenait la main, je pensais que c’était Vincent qui la serrait, quand il me disait des mots doux, je fermais souvent les yeux, m’imaginant que c’était Vincent qui parlait ! Oui, j’avoue, j’ai pu induire de la peur de s’engager avec moi, une fille qui est amoureuse d’un autre garçon… dit-elle en se triturant les doigts nerveusement. Mais, ça, c’était au début de notre relation, je vous assure ! Après, j’ai commencé à m’attacher à Pierrot, j’ai même commencé à l’aimer sincèrement ! Il est parti quand même ! Que dois-je faire ?

– Tu sais donc tout ce que l’envers du décor te projette, maintenant retournes pour de bon la situation, va vers toi, vers l’endroit du décor !

– Je ne comprends pas !

– Il y a, en toi, pour te sauver la vie, ou plus exactement pour assurer ta survie, une croyance qui dit qu’il ne faut pas que tu te maries. Il ne faut pas que tu fondes un couple stable pour l’instant, car pour des raisons qui te sont cachées et qui le resteront si tu ne vas pas voir à l’intérieur de toi, il te faut rester célibataire. Et évidemment, tu attires à toi des garçons qui ne peuvent pas s’engager non plus, avec leurs histoires personnelles qui les en empêchent. Vous vibrez à l’unisson, vous vous accordez parfaitement, les conflits de l’un répondant aux conflits de l’autre, en résonance parfaite.

– Eux ne veulent pas, et moi, je ne peux pas, c’est ça ?

– Oui, ça peut être ça. Et il n’est pas difficile de comprendre que si tu ne peux pas, alors, il faut changer quelque chose en toi pour qu’enfin tu puisses… C’est tout simple en fait.

– Simple !!! Mais je ne sais pas du tout comment m’y prendre pour changer ça en moi !

– Eh bien, sache que des croyances qui agissent en toi agiront encore et encore, tant que tu ne connais pas la ou les raisons pour lesquelles elles sont actives. Regarde chez tes ancêtres, interroge les aînés qui te restent, et l’un d’entre eux te contera sans doute, l’histoire source, l’histoire qui tient la croyance selon laquelle, il ne faut pas que tu te maries pour ta survie et peut-être même pour la survie de ton clan… C’est ainsi que ça marche, et tu comprends pourquoi il ne sert à rien de pleurer sur ton sort, il ne sert à rien d’accuser tes anciens petits amis, il ne sert à rien de les juger, il ne sert à rien d’être en colère, de culpabiliser et de souffrir de tout ça. Chacun d’entre nous joue un rôle prédéfini par toutes les informations présentent dans notre cerveau-ordinateur, c’est en ce sens que chacun d’entre nous se retrouve responsable à cent pour cent de ce qui lui arrive. Et ce n’est pas une fatalité que de s’en rendre compte, au contraire, c’est une chance inouïe : celle de pouvoir agir sur ce qui tient nos destinées, d’aller en soi, regarder l’endroit du décor et de changer intérieurement ce qui doit l’être afin que les événements extérieurs changent vraiment. Es-tu prête pour ce voyage intérieur ?

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Autre histoire, Lucile ou le couple à trois (issue d’une histoire vraie)

– Maître Vauking, bonjour. Vous ne me connaissez pas, je m’appelle Lucile. Nous avons, mon mari et moi, emménagés dans le village il y a neuf mois maintenant, et j’ai entendu parler de vous et de votre sagesse. J’ai besoin d’aide. Voilà, je suis mariée à un homme formidable, c’est mon troisième mari. Il y a un an que nous nous sommes dit oui, et voilà que la malédiction qui me poursuit depuis que je suis toute jeune m’a frappée, encore une fois. Je ne sais pas pourquoi, quoi que je fasse, où que j’aille, il doit y avoir un deuxième homme dans ma vie. Je dis, devoir, car c’est ainsi que je le ressens. Pas au début cependant, non ! Au commencement de ma vie amoureuse, je pensais juste que c’était le hasard qui me faisait rencontrer un garçon qui m’attirait encore plus que celui avec qui j’étais déjà, alors que nous étions très heureux ! Puis, je me suis dit que j’étais… hum… disons, heu… une fille facile ! J’ai cru à cela pendant un certain temps, ce qui fait que je trompais tous les garçons avec qui j’étais sans en ressentir la moindre gêne, puisque je pensais vraiment que j’étais ainsi faite si l’on peut dire, vous comprenez ? Puis, j’ai eu le bonheur de rencontrer une amie d’enfance que j’avais perdue de vue. Je me souviens, petites, nous étions toujours ensemble ! Nous avons grandi dans le même village, nos parents étaient proches. Je l’ai revue donc, et nous avons discuté de nos vies, de nos espoirs, de nos projets. Nous avons ri de bon cœur, j’appris qu’elle était célibataire endurcie, ne faisant confiance à aucun homme. Cependant, je n’ai rien osé lui dire concernant ce que j’appelle, les deuxièmes hommes de ma vie ; j’avais peur qu’elle me juge. Alors, nous avons parlé de nos parents ; elle m’apprit le suicide de sa mère suite à une longue dépression, et je lui appris le décès de mon père d’un infarctus. Cela nous a bouleversées ! Mais ce qui nous a le plus troublées fut la concordance des dates : mon père et sa mère sont décédés le même jour ! C’est incroyable le hasard, n’est-ce pas ? Mais… pourquoi est-ce que je vous parle de ça moi ! Excusez-moi, je m’éloigne de ce qui m’a fait venir à vous ! Heu… Où en étais-je ?

– Hum… au contraire, je pense que vous êtes au cœur même de ce qui vous a fait venir à moi.

– Comment ça ?

– Contrairement à ce que vous croyez, pour moi, le hasard n’existe pas. Un homme et une femme qui se sont bien connus et qui meurent le même jour, cela me semble lié.

– C’est incroyable que vous me disiez ça ! Parce que Clothilde m’a fait une révélation incroyable concernant mon père et sa mère. Originaires du même village, ils avaient été amoureux. Séparés par leurs études respectives, tous les deux sont revenus au village avec un fiancé et une fiancée ; son père et ma mère. Mais ils sont restés très amis. Et moi, je me souviens lorsque j’étais petite, j’ai assisté à des scènes entre mon père et la mère de Clothilde qui me paraissaient curieuses, mais qui maintenant que je sais ce qu’il y avait entre eux, ne m’étonnent plus. Je m’étonne juste que cela ne me soit pas venu à l’esprit plus tôt !

– Qu’aviez-vous remarqué ?

– Des attentions particulières, des sourires qui semblaient complices, des discussions plus longues et fous rires plus fréquents. Lorsqu’elle invitait mes parents à manger, la mère de Clothilde faisait toujours les plats préférés de Papa et j’avais aussi remarqué quelque chose que je n’ai jamais dit à personne, mais qui me reste toujours dans le coin de ma tête, un détail, mais je sentais que cela signifiait quelque chose pour elle : souvent, elle le servait, et à chaque fois qu’elle levait la table, elle prenait l’assiette de mon père en premier et elle la mettait directement dans la sienne… Enfin bref ! Il y avait bien quelque chose entre eux, une proximité je dirais. Je pense que si je m’en suis rendu compte, ma mère et le père de Clothilde ont dû s’en apercevoir, eux aussi ! dit-elle pensive. Croyez-vous qu’il s’est réellement passé quelque chose entre eux, je veux dire pendant leur mariage, quand on était là Clothilde et moi ?

– Non, je ne crois rien du tout quant à ce qui s’est réellement passé. En revanche, je pense que le cerveau de l’enfant que vous étiez à enregistré toutes ces informations concernant ce qu’il a entrevu des relations entre son père et la mère de sa meilleure amie. Ceci est important à comprendre pour vous, parce que ce sont ces informations qui maintenant, vous mettent inlassablement dans la situation d’un ménage à trois. Attention ici, je ne parle pas d’une simple répétition, je parle d’informations qui vous ont constituées. Autrement dit, sans elles, vous ne pouvez pas vivre.

– Comment ça ?

– Eh bien, cette croyance qu’un couple ne peut fonctionner que s’il y a trois personnes, est une de vos conditions de venue au monde. Elle fait partie de votre fabrication si vous permettez que je parle ainsi. Pour vous, c’est comme si c’était normal.

– Mais enfin, je connais une collègue dont la mère avait un amant et ne s’en cachait pas ! Eh bien, elle, elle a un mari et elle lui est fidèle !

– Tout d’abord, il faut comprendre que chaque individu a sa propre histoire à vivre. Votre collègue n’a pas la même base de données que vous. Elle doit vivre autre chose. Peut-être, est-elle plus liée à l’histoire de son père qu’à celle de sa mère ? Peut-être aussi est-elle la cible biologique d’autres membres de sa famille ? Le fait que l’amant ne soit pas caché aussi a son importance : il n’imprègne pas l’inconscient, ce n’est pas un secret !

– Je vois, elle a son propre ressenti c’est ça.

– Oui, c’est une histoire différente qui a été enregistrée dans le cerveau de cette femme. La preuve, les résultats dans sa vie sont différents des vôtres. Si vous aviez eu un frère ou une sœur, et s’ils avaient vécu exactement la même chose que vous, ils n’auraient certainement pas enregistré les mêmes données que vous. Ils auraient eu très certainement à apprendre d’autres leçons que les vôtres. Généralement, c’est ainsi que cela se passe…

– Mais, quelque chose me chiffonne tout de même. Vous dites que pour moi, c’est normal, voire naturel, de tromper mes maris, mais en fait, pas du tout ! Je trouve cela profondément anormal justement. Parfois même je me dégoûte. Comment est-ce possible ?

– Vous êtes tiraillée, entre votre inconscient et sa programmation et votre conscient et votre éducation. En effet, culturellement, vous avez accepté le modèle de couple et de famille le plus couramment rencontré, et vous l’avez intégré comme seule façon d’être et de faire.

– Hum… un tiraillement ! D’un côté ce que je dois faire et de l’autre ce que j’ai envie de faire, c’est ça ?

– Oui, c’est ainsi que se passent les choses dans votre tête. Alors, la solution pour adoucir ce déchirement intérieur que votre cerveau machine ne peut cautionner et laisser s’installer au risque de vous perdre pour de bon, c’est de vous faire croire que vous êtes une femme facile, comme vous dites, un individu de peu de vertu.

– Oh oh ! Une solution dites-vous ? Hum… si je réfléchis bien, ce n’est pas faux. En tout cas, l’infidélité maladive était une explication que j’avançais, même si cela a failli me coûter bien cher ! C’est là quand même que ce raisonnement est limite je trouve. Comment est-ce que je pourrais vouloir consciemment me mettre en danger et perdre des hommes que j’aime et qui sont mes maris ? C’est insensé non ?

– Il ne faut pas confondre ce que vous voulez, avec ce que vous obtenez comme résultat ! Ce que vous voulez reste de l’ordre du conscient, du visible, et constitue l’envers du décor de votre vie. Or ce qui fait votre réalité de couple est tout ce qui est inconscient, invisible, et qui constitue l’endroit du décor ! Avec les informations que vous avez enregistrées et qui siégeaient dans votre inconscient jusqu’à présent, vous ne pouviez pas faire autrement que ce que vous avez fait ! Et le fait d’accepter ces situations en vous, vous a sauvé la vie, en vous laissant la possibilité de répondre à votre croyance profonde sur ce que doit être un couple.

– Pffff ! Mais comment m’en sortir ?! C’est infernal !

– Il me semble que le plus dur est passé. En effet, vous avez compris ! Ce qui était inconscient hier et qui vous faisait agir sans réflexion n’est plus aujourd’hui. Vous avez remis tout ça à l’endroit. C’est-à-dire que grâce aux révélations de votre amie d’enfance, vous avez fait des liens qui vous étaient cachés jusque-là, alors que vous les connaissiez, ils étaient en vous et nulle part ailleurs. Vous comprenez ?

– Oui, je crois… alors, si je n’avais pas rencontré mon amie, je n’aurais pas eu accès à mon histoire ?

– Je ne suis pas aussi affirmatif que vous. Je pense que contrairement aux apparences, vous n’avez pas rencontré votre amie par hasard. Vous m’avez dit que vous étiez mariée pour la troisième fois, c’est sans doute là la clé de l’énigme. Une troisième personne dans votre couple inconscient, vous l’avez déjà, inutile d’aller la chercher ailleurs maintenant…

– Mais alors ? Pourquoi est-ce que j’ai rencontré quelqu’un ?

– Vous n’aviez pas le cent pour cent de la solution. Je suis sûr qu’il ne vous contactera plus désormais… ou s’il le fait, vous trouverez les mots pour le détourner de vous, si tel est votre désir évidemment !

– Mais oui ça l’est ! C’est parce que je ne voulais plus revivre ça que je suis venue vous voir. Et je pense avoir toutes mes réponses maintenant. Merci maître ! Hum… c’est la première fois que je me sens comprise vraiment et que l’on ne me juge pas ! Maintenant, je me sens libre ! Merci encore.

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Comprenez-vous ce que pourrait apporter la compréhension de notre fonctionnement profond, le fonctionnement du cerveau machine plus exactement, à notre quotidien ? Ce serait une énorme avancée pour la nature humaine et les mots, compassion, fraternité, liberté auraient enfin un sens et le mot pardon n’aurait plus lieu d’être, il serait remplacé par le mot compréhension, bien plus puissant, bien plus aidant ! Tout le monde aurait à y gagner…

… enfin, il me semble !! ;)