Avant, j’avais des principes…

(version audio en fin d’article)

 

Connaissez-vous cette petite phrase humoristique, qui parle et/ou qui a questionné un jour tous les parents du monde ?

« Avant, j’avais des principes. Maintenant j’ai des enfants ! »

Effectivement, nous avions, avant de devenir parents, une certaine idée de ce que devraient être nos enfants.

« La chair de notre chair, le sang de notre sang ! Ils ne peuvent quand même pas être si différents de ce que nous sommes ! Eh puis, de toute façon, c’est nous, les parents, qui avons le dernier mot ! C’est nous qui sommes en charge de les éduquer, de les contrôler, de les former ! Ainsi que de leur dirent ce qui est bien et mal, ce qu’il faut faire ou pas, de les aiguiller dans cette vie, où parfois, il faut le reconnaître, il nous arrive, nous-mêmes, d’être un peu perdu… »

Nous savons au fond de nous qu’il est difficile, dans ces conditions, de bien les mener par le bout de leurs petits nez adorables.

Mais nous en faisons un devoir ! Et c’est là que cela devient rigolo !!

Nous aimerions tant qu’ils soient comme des images, mais en même temps qu’ils aient du caractère !

Nous aimerions qu’ils fassent comme ils veulent à condition que cela soit dans ce que nous autorisons !

Nous aimerions qu’ils parlent comme des grandes personnes lorsque cela s’y prête et qu’ils jouent comme des enfants, pour avoir le bonheur d’entendre leurs rires.

Nous voudrions qu’ils nous remontent le moral parfois, qu’ils nous cajolent, qu’ils nous montrent combien ils nous aiment tout en nous montrant à quel point ils ont besoin de nous.

Nous voudrions être leur seule inspiration, leur seul exemple et en même temps nous souhaiterions qu’ils soient « grands » pour leur âge.

Nous aimerions leur apprendre des tas et des tas de choses, mais nous voudrions aussi qu’ils soient les premiers de la classe…

Bref, nous voudrions tout d’eux, nous avons des idées « idéales » les concernant.

Oui, mais voilà !

Nous avons des enfants, je veux dire, de vrais enfants !

Et là, nous devons nous adapter…

Oui, nous avons tous un enfant parfait en tête, mais souvent, ce n’est pas le nôtre !

Nous devons donc faire des entorses au règlement strict et rigide qui est dans notre base de données, pour le faire coïncider avec les êtres merveilleux et magnifiques que nous avons à la maison.

Je me souviens émue, de mes convictions étant jeune :

« Lorsque j’aurai des enfants :

– ils ne se lèveront pas de table avant d’avoir fini leur assiette !

objectif rarement atteint

– ils ne regarderont pas la télévision en dehors de ce que je leur autoriserai !

Objectif largement intenable

– ils se laveront régulièrement, on n’est pas chez les cochons !

Objectif très moyennement observé, surtout entre 6 – 10 ans !

– ils diront bonjour et feront la bise avec un beau sourire et en étant poli, à toutes les personnes à qui je dis bonjour :

Objectif en lui même inatteignable, étant donné que parfois, les gens eux-mêmes n’ont pas envie non plus d’embrasser nos enfants ! Inquiets, certains ne savent pas où leurs bises vont vraiment atterrir, cela peut même être gênant parfois !

– ils seront heureux de faire tout ce qu’ils font, ils montreront en toute circonstance combien ils ont été bien élevés et combien ils sont bien dans leur peau et dans leur tête…

Objectif évidemment très discutable !! Cependant, l’objectif du miroir est lui, complètement atteint ! L’image qu’ils nous revoient nous ressemble à cent pour cent !!

– ils parleront comme des livres et emploieront toujours les bons mots, choisis et même imagés pour s’exprimer. Leur éloquence et leur parole seront impeccables témoignant de leur excellent niveau d’éducation !

Objectif disons largement surévalué ! Un vrai rêve éveillé…

Cela devient même risible !! Non ?!

 ***

Bon évidemment, je me moque, je force un peu le trait ! Bien sûr nos enfants sont merveilleux.

Mais avouez quand même que pour arriver à cette conclusion, il vous a fallu, tout comme à moi, laisser tomber un bon nombre de vos convictions et croyances profondes. Pourtant, vous les pensiez immuables et incontournables ! Mais il a été indispensable de laisser place à ce grand chamboulement, ce grand bouleversement, ce grand ménage que font les enfants lors notre apprentissage de la vie à leurs côtés.

Mais là où toute cette histoire d’amour devient très intéressante, c’est de savoir que nos enfants représentent symboliquement parlant, notre créativité !

Lorsque nous savons cela, c’est un jeu fabuleux de voir ce que fait, en vrai, notre créativité ! Ce qu’elle dit aussi, ce qu’elle pense de nous, du monde des adultes et de toutes les convictions que celui-ci véhicule.

Lorsque je regarde la chambre de mes adolescents, je me dis que finalement, ma créativité à besoin de vivre dans un bazar sans nom ! Lorsque je regarde leur look, je me dis qu’elle a besoin d’un coup de jeune, de couleurs et de pantalon laissant entrevoir les dessous aux inscriptions rigolotes ! Lorsque j’écoute leurs paroles, je me dis que je dois mettre de côté mes discours ennuyeux et que je dois laisser la place à la fantaisie du langage. Lorsque je regarde la façon dont ils réagissent face à l’adversité, je me dis que je dois mettre de la légèreté, de la joie, de l’humour et une bonne dose de dérision face à cela dans ma vie. Lorsque je passe en revue leur journée, je me dis que décidément, il faut que je mette du jeu, de la joie et de la désinvolture dans ma vie.

Après tout mes enfants sont plus proches que moi, chronologiquement, de ce qui constitue l’essentiel : l’amour inconditionnel de soi et des autres.

Je pense apprendre beaucoup chaque jour ; j’ai trois enfants. Mais c’est aussi parce que j’ai beaucoup à apprendre !

***

Alors voilà, je peux maintenant vous dire que le regard ladévin sur les enfants permet de compléter l’adage initial. Maintenant, celui-ci pourrait se déclamer comme suit :

« Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants et je suis largement plus instruite ! »