Aider les autres

(Version audio en fin d’article)

 

Nous avons tous, une grande majorité d’entre nous en tout cas, l’envie, le besoin même d’aider les autres. C’est un fait, c’est ainsi. Nous avons ancré en nous les résultats de l’expérience de nos ancêtres : nous ne pouvons pas survivre seuls, nous ne pouvons pas nous passer de la communauté. Nous sommes des êtres sociaux et rares sont les personnes qui peuvent vivre en autarcie, totalement seules.

Cependant, vous l’avez sans doute remarqué aussi, il y a aide et Aide.

Il existe des qualités d’aides qui ne sont pas les mêmes.

Il est plus aisé d’aider les autres lorsque l’on est puissants pour le faire : cela ne souffre d’aucun doute !  Il est plus facile de prendre soin d’autrui lorsque l’on a tout pour soi, lorsque l’on est en parfaite sécurité soi-même : une évidence je vous dis !

Lors des études de conseillère en économie sociale et familiale que j’ai eu l’occasion d’effectuer, la plupart de mes camarades et moi compris avions le désir très fort d’aider les autres en premier. Sans que l’idée ne nous effleure, que les autres, les plus fragiles, les personnes à tirer d’affaire et à sortir de la galère, c’était nous en fait !! À l’époque, cette pensée était trop élaborée pour être comprise, et n’était évidemment jamais abordée en cours, de psycho (cela aurait pu parfaitement s’y prêter), ou de philo… Cela n’est pas au programme. Alors que la connaissance de ce mécanisme est tout simplement primordiale, surtout lorsque l’on s’apprête à embrasser une profession consistant à aider les autres !

Plus tard en exerçant ce noble métier, j’ai entendu des gens qui devaient normalement être des « aidants », étaler tellement de problèmes personnels, et de manques de confiance en eux aussi, que les prises en charge qu’ils étaient censés faire, s’avéraient souvent mener à des impasses. Ils rencontraient leurs miroirs, ils côtoyaient des gens dans le besoin qui leur rappelaient justement, dans quel manque ils étaient eux aussi… Cela ne pouvait pas fonctionner. Aider les autres à partir de manques et de peurs, c’est comme bâtir une maison sur du sable mouvant. Bases peu ou pas solides, constructions chaotiques, désordres en tout point, finalement, tout s’écroule, il ne reste rien !

Souvent donc, l’on voit la paille de travers dans l’œil de notre voisin sans voir la poutre que l’on a dans le sien… Tel est (à peu de chose près) l’adage, telle était ma réalité à un moment donné.

Je voyais très bien ce qui clochait chez les autres, sans voir que cela me concernait ! La poutre est décidément un objet bien aveuglant !!

Pendant que je faisais ce que j’étais censé faire (je n’ose même pas dire « aider les autres » tellement je m’évertuais à mettre des pansements sur des plâtres), je me souviens avoir souvent pensé que, face à tout cet étalage de malheurs, malgré le fait que moi-même, je n’avais que le strict minimum et la peur au ventre d’avoir encore moins que ça, j’étais privilégiée. Et qu’à bien y réfléchir, je n’avais pas besoin de grand-chose pour moi. Je pouvais facilement passer derrière les autres. Mes désirs et besoins n’étaient pas si importants que cela et je pouvais très bien attendre pour voir aboutir ce qui était important pour moi.

Les autres d’abord donc !

Vous pensez que c’est louable, admirable peut-être, ou bien plein de sagesse ?

C’est juste totalement idiot et inconscient.

Les gens qui ont besoin d’aide, et uniquement ceux qui le demandent en plus, ont besoin de personnes puissantes face à elle, qui ont réglé la plupart de leurs problèmes intérieurs et extérieurs. Ils ont besoin de solidité, de rocs sur lesquels ils pourront se reposer de temps en temps, et grâce auxquels, ils trouveront, leurs solutions pour s’en sortir.

Or, ce n’est pas ce que j’étais et ce n’est pas ce que j’ai pu observer dans mon métier. Souvent, nous nous entendions dirent aux personnes prises en charge :

- Mais ma récompense c’est que vous alliez mieux, moi, cela me suffit !

Foutaise !!

- Je veux vous aider, aller, on va s’en sortir ensemble !

Là, ça craint !! Tout autant que le fameux :

- Mais je suis payée pour ça ! Ne me remerciez pas !

Consternant !!

 – Oh mais moi, ça va ! C’est vous qui n’allez pas bien, et je peux vous aider, à condition que vous fassiez comme je vous le dis !

Rabaissant et même pas motivant !! Et que penser des :

- Attention, si vous ne faites pas comme ça, alors vous n’aurez plus :

* de place dans l’établissement d’accueil d’urgence,

* d’allocation familiale,

* d’aide pour les transports,

*de bons pour la banque alimentaire

*…etc, etc.

Affligeant !!

Pourtant très courant…

En ce qui me concerne, et assez vite en fait, il m’a paru évident que si je voulais aider les autres, il était urgent que je m’aide moi-même. J’ai compris que si quelqu’un qui a un problème vous aborde, quel que soit votre métier d’ailleurs, soyez sûrs que vous avez du travail personnel dans la problématique qui vous est présentée. La vie est ainsi faite : elle ne réserve aucun hasard. Elle vous envoie toujours les personnes les plus à même de vous faire avancer vers plus de connaissances sur vous-mêmes.

La meilleure des compassions est la compassion pour soi, en premier lieu.

Une fois ce chemin initiatique qui mène vers soi parcourue, alors nous pouvons nous tourner vers les autres, leur apporter notre aide, non pas parce que nous leur proposons, mais parce que nous leur inspirons confiance ou tout autre sentiment dont ils ont besoin. En étant remplie de tout, une aura d’abondance se dégage, et cela donne aux autres l’envie de nous ressembler.

Réussissez votre vie, vous deviendrez ainsi le meilleur aidant qui soit.

Parce que pour aider puissamment les gens qui en ont besoin, il faut d’abord s’aider soi-même.

Pour pouvoir apporter du bonheur autour de soi, il faut d’abord être heureux.

Pour apporter un peu de sérénité aux autres, il faut être serein soi-même.

Pour pouvoir aider physiquement et/ou moralement quelqu’un, il faut être physiquement et/ou moralement fort.

Pour aider financièrement les personnes qui sont dans le dénuement, il faut avoir de l’argent, suffisamment en tout cas pour distribuer, pour pouvoir donner sans se sentir lésé, sans rien attendre en retour, pas même un merci.

Oui, vous avez compris, mais j’insiste.

Pour pouvoir aider les autres, il faut d’abord penser à soi. Être égoïste en quelque sorte, dans un premier temps en tout cas. Se poser des questions sur ses propres aspirations, sur ce que nous attendons vraiment de la vie, partir à la recherche de ce qui nous fait vibrer, de la personne que nous sommes au fond, tout au fond de nous.

Après, remplis de nous même, nous pouvons laisser déborder nos bienfaits et aider les autres…

 

Photo : Corinne de saint Angel – http://www.flickr.com/photos/corinnedesaintangel/